Simon Boccanegra au Liceu : des débuts inattendus

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L’indisponibilité de dernière minute de Fabio Sartori a permis au ténor barcelonais Josep Bros de faire ses débuts dans le rôle de Gabriele Adorno. Déjà réputé dans le répertoire belcantiste, il aborde depuis peu des rôles d’une plus grande ampleur vocale, à l’image de ce personnage verdien qu’il préparait déjà depuis un moment mais qu’il n’avait encore jamais interprété.

Le Gabriele de Josep Bros, doté d’un style indéniable, s’avère efficace dans les aigus, mais manque encore parfois de puissance vocale dans les phases les plus dramatiques. Et ses débuts à la fois inattendus et réussis représentent l’attrait principal de cette soirée – car si l’ensemble est correct, mais aussi monotone et ponctué de quelques déceptions, l’excellence n’est atteinte qu’à de rares occasions.

Leo Nucci, qui partage tour à tour le rôle-titre avec Giovanni Meoni et Plácido Domingo lors des représentations suivantes, commence sa soirée avec fougue mais montre aussi quelques signes de fatigue en fin de spectacle. Sa maîtrise du style, son chant magnifique, plein de musicalité, et sa parfaite connaissance du personnage compensent la faiblesse vocale du baryton septuagénaire tout au long de la performance qu’on sait physiquement très exigeante, malgré une agonie qui s’étale tout au long du troisième acte.

La surprenante déception de la soirée vient de Barbara Frittoli, la soprano milanaise, dans le rôle d’Amelia. Manifestement en mauvaise forme ce soir de première, elle initie sa soirée dans une faible condition, déployant une voix sans timbre et dépourvue de projection, à contretemps, tendue dans les aigus et étonnamment frêle dans les mediums. Elle parvient toutefois à se ressaisir au cours de la représentation, mais échoue à faire honneur à sa réputation.

Àngel Òdena est convaincant et efficace, bien qu’il manque ici de raffinement et s’avère assez hideux dans son rôle de Paolo, l’antagoniste. Vitalij Kowaljow est tout aussi énergique, ferme et autoritaire en Fiesco. Le chœur est solide, écrasant parfois même le reste de la distribution. Le chef d’orchestre Massimo Zanetti signe une lecture conventionnelle de la partition, fort d’une direction correcte et académique – au bon sens du terme.

La production, peu ou prou la même que celle donnée au Liceu en 2009 mise en scène par José Luis Gómez, profite d’une bonne direction d’acteurs et restitue avantageusement les scènes majeures de ce drame politique emblématique, reposant pourtant sur une trame chaotique. Visuellement, on assiste à une luxueuse production, mais froide et esthétisante, à l’image de ces mises en scène sans personnalité propre, qui s’appuient sur l’excuse de transcender une intrigue réelle mais vue et revue, sans pour autant effleurer le cœur dramatique de l’œuvre. Une mise en scène qui pourrait fonctionner (ou non) indistinctement pour Simon Boccanegra, Otello, Rigoletto ou La Traviata. Le principal (et contestable) mérite de la soirée repose sans doute sur le fait de ne rien vraiment bousculer.

Xavier Pujol

Simon Boccanegra au Gran Teatre del Liceu, Barcelone, du 12 avril au 29 avril 2016

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