Les Capulets et les Montaigu, DiDonato et Ciofi encensées au Liceu de Barcelone

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Le thème de Roméo et Juliette offre une telle intensité dramatique qu’il a traversé la culture occidentale en inspirant des générations d’artistes, de Shakespeare à Bernstein, mais tout en ayant aussi réussi à survivre, quasiment intact, à la lourde rhétorique du bel canto

Cet opéra de Bellini est basé sur un livret de Felice Romani, dont l’écriture lyrique accumule les clichés et n’a qu’un lointain rapport avec les vers de Shakespeare (à notre grand regret). Les Capulet et les Montaigu reste une œuvre imparfaite qui, bien qu’offrant des moments de grande qualité, n’atteint pas le niveau d’excellence d’autres chefs-d’œuvre comme La Somnambula, Norma ou Les Puritains. Et il est toujours difficile de la défendre sur scène, comme c’est souvent le cas des opéras médiocres : l’œuvre nécessite de faire appel à des chanteurs, des musiciens et une mise en scène de haut vol, et même avec un tel déploiement de moyens, le résultat n’est pas garanti.

La puissance des personnages, l’admirable interprétation des deux rôles titres, la justesse de la direction musicale et l’ingéniosité de la scénographie dans les scènes fondamentales (malgré des erreurs catastrophiques concernant certains aspects anecdotiques) ont contribué au succès triomphal de la première de Les Capulet et les Montaigu, présenté au Liceu de Barcelone après plus de trente ans d’absence. 

Saluons en premier lieu les performances de Joyce DiDonato et Patrizia Ciofi, remarquables à tous points de vue. La mezzo-soprano nord-américaine, lauréate du Grammy Award de la Meilleure Soliste Vocale Classique en 2016 et 2012, excelle dans le rôle de Roméo. Elle maîtrise à la perfection les notes les plus graves de la partition, qui ne font normalement pas partie de son registre. Elle nous enchante par son magnifique legato et sa puissance vocale. Parfaitement à l’aise sur le plan musical et scénique, elle s’investit pleinement dans l’interprétation du personnage proposée par le metteur en scène. 


Joyce DiDonato (Romeo)

Patrizia Ciofi a su également tirer son épingle du jeu, malgré un costume aberrant et une mise en scène absurde qui semblaient avoir été conçus pour la desservir, la contraignant à chanter perchée sur un bassin et à se balancer au bord d’un ridicule précipice. Elle a pourtant livré une magnifique performance vocale et ses duos avec DiDonato étaient incontestablement les points forts de la soirée.

Malgré la rudesse et le manque de charme de son timbre, le ténor Antonino Siragusa a su maîtriser avec force et brio les notes les plus aiguës du rôle de Tybalt. Marco Spotti et Simon Orfila se sont montrés à la hauteur dans les rôles secondaires de Capellio et de Laurent. Le chœur manquait parfois d’unité, notamment dans les passages chantés hors de la scène.

La partie orchestrale de cet opéra n’est pas un modèle de subtilité et ne figure pas parmi les meilleures partitions de Bellini. Elle est donc difficile à jouer, car la meilleure des interprétations ne peut souvent produire qu’un résultat en demi-teinte. Compte tenu du contexte, Riccardo Frizza, maître du bel canto renommé et nouveau au Liceu, nous a néanmoins offert une prestation plus qu’acceptable.

Dans cette reprise, une co-production du Bayerische Staatsoper et du San Francisco Opera datant de 2012, les pires choix côtoient les meilleurs. L’éclairage de Guido Levi est remarquable et impressionnant. Les costumes, présentés par le Liceu comme « des tenues élégantes et uniques révélant la vie intérieure des personnages », réalisés par le célèbre couturier Christian Lacroix, pourtant habitué à la scène lyrique, se sont révélés décevants, voire embarrassants dans le cas de Juliette. 

Vincent Boussard propose une mise en scène radicale, courageuse et audacieuse, qui permet de gérer habilement les mouvements de masse en les présentant comme un rituel. Elle permet surtout de mettre en valeur le rôle de Roméo – avec la complicité de DiDonato – ainsi que les duos du premier acte et de la scène finale. On note cependant une prise de risque et une ambition excessives dans certaines scènes présentant un intérêt dramatique secondaire. 

traduction libre de la chronique de Xavier Pujol

I Capuleti e i Montecchi | jusqu'au 1er juin au Liceu de Barcelone

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