La Flûte enchantée : un conte au Liceu de Barcelone

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Cette extraordinaire production de La Flûte enchantée tout droit venue de la Komische Oper de Berlin restera sans aucun doute dans les mémoires comme uneréférence parmi la longue histoire des mises en scènes de cette belle œuvre de Mozart. La production, déjà étrennée à Madrid dans le courant de cette saison et qui atteint désormais Barcelone après avoir été présentée dans de nombreux théâtres réputés, se démarque par son originalité et par la pertinence de son concept, mais aussi par son impressionnant rendu visuel.

Pour une fois enfin, La Flûte enchantée est racontée comme telle : un conte, un pur conte, loin d’être simple (les plus grands contes ne le sont jamais). C’est une histoire à la fois déroutante et contradictoire, avec des milliers de suggestions et de fenêtres ouvertes sur lesquelles réfléchir, qui aborde des sujets d’une transcendance cruciale, mais pour toujours être un conte, au bout du compte.

Cette mise en scène signée par Barrie Kosky et Suzanne Andrade s’articule au travers d’une interaction parfaite, millimétrée, entre les chanteurs et les animations fantasques créées par Paul Barritt, projetées sur une scène verticale qui sert également d’écran sur lequel les personnages apparaissent et disparaissent rapidement via des panneaux pivotants. Le rythme vertigineux et la confusion régnante – une délicieuse confusion, fructueuse, entre réel et imaginaire, le possible et l’impossible, le réaliste et le magique – parviennent à captiver l’œil du spectateur. La multiplicité des différents niveaux de lecture oscille sans cesse entre culture populaire et cultureplus intellectuelle,  permettant de satisfaire petits et grands, constitue l’un des points forts de cette production.

Visuellement, les références culturelles les plus évidentes (mais qui ne sont pas les seules) sont issues des plus grands films muets. Papageno nous rappelle Buster Keaton, Sarastro le Docteur Caligari, Monostatos Nosferatu, Pamina Louise Brooks, et la Reine de la Nuit les angoissantes araignées-humaines imaginées par Tim Burton.

La suppression des dialogues parlés, avec en lieu et place les textes projetés comme dans les vieux films muets, et accompagnés de fragments des Fantaisies de Mozart pour piano, a peut-être irrité quelques puristes, mais renforce le sentiment de virtuosité, de fluidité et de continuité de l’ensemble de la représentation.

Musicalement, le résultat est plus que correct, souvent bon mais pas excellent. Mais peu importe, pour une fois, l’excellence vocale n’est pas le but principal et, à la place, c’est l’animation des interprètes et de la mise en scène qui prime. Dans ce sens, les membres de la troupe de la Komische Oper réalisent un travail du plus haut niveau.

Allan Clayton est un bon Tamino, il chante ses lignes sans grand lyrisme mais avec bravoure et d’une belle projection. Maureen McKay est également une bonne Pamina, bien qu’elle débute un peu en deçà, mais se rachète dans la seconde moitié avec un « Ach, ich fühl’s… » de grande qualité qu’elle conclut excellemment. Olga Pudova atteint toutes les notes aigues de la Reine de la Nuit, mais manque quelque peu de puissance et d’agressivité.  Il en va de même pour le Papageno de Dominik Köninger, très bon, mais manquant de présence vocale lui aussi. Dimitry Ivashchenko livre un Sarastro sûr et convainquant, et Peter Renz un Monostatos acceptable, sans doute le rôle pour ténor le moins plaisant du répertoire mozartien. Enfin, les enfants du Tölzer Knabenchor donnent vie aux Trois Dames délicieusement coquettes, ainsi qu’aux mignons Trois Garçons.

Le chœur du Liceu, contraint de chanter dans les lieux inconfortables exigés par la mise en scène, s’avère correct. L’orchestre délivre une belle performance, parsemée de détails d’une grande subtilité, tout particulièrement parmi les bois, malgré parfois quelques imprécisions d’ensemble. La direction d’Henrik Násási, bonne et sensible, agrémentée de quelques légers tempi, est tout à fait appropriée pour la fluidité de cette production.

 

Librement traduit de la chronique en anglais de Xavier Pujol

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