Clémentine Margaine est la Favorite de la fin de saison du Liceu

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Le Liceu de Barcelone achève sa saison avec une surprenante reprise de sa propre production de la version originale française de la Favorite de Donizetti (en coproduction avec le Teatro Real de Madrid). L’œuvre a été très populaire au Liceu au cours des XIXème et XXème siècles, affichant plus de 200 représentations dans sa version italienne de 1842, alors que seules dix d’entre elles adaptent la version française de 1840 – et elles sont programmées actuellement en ce début de XXIème siècle.

Cette reprise de la mise en scène s’avère surprenante dans la mesure la version originale de la production n’avait pas été accueillie particulièrement chaleureusement il y a seize ans, et qu’elle n’a manifestement pas été significativement remaniée depuis. En 2002, cette Favorite était mise en scène par Ariel García Valdés, et elle est maintenant « mise à jour » par Derek Gimpel – et le résultat n’apparait pas pour autant amélioré.

L’œuvre, aux allures de drame d’honneur et d’infidélité, est située ici dans une Espagne médiévale totalement improbable, et dans laquelle la femme pécheresse ne trouve la rédemption que dans la mort – comme souvent. Or aujourd’hui, il apparait particulièrement difficile d’imposer cette lecture d’une façon satisfaisante à un public contemporain, et la mise en scène n’évite pas l’écueil.


La Favorite © Liceu Antoni Bofill


La Favorite © Liceu Antoni Bofill

La scénographie de Jean-Pierre Vergier, esthétique et bien exécutée mais sans grande originalité et étrangère au drame, ne résout pas l’enjeu dramatique de l’immense gouffre émotionnel qui sépare les expériences actuelles du public et la lecture originelle de la Favorite. Dans le même esprit, les costumes flamboyants et extravagants – également signés Jean Pierre Vergier – introduisent certes un élément de couleur à une scène très terme, mais ne résolvent en rien la lecture dramatique de l’œuvre.

La Favorite est un opéra de pur bel canto, et du meilleur genre. Par définition, le bel canto doit être bien chanté et ici, le chant est particulièrement beau. Dans une certaine mesure, les insuffisances dramatiques restent au second plan et dès lors que la musique de cette Favorite nous emporte, on considérera la production est un succès.

En premier lieu, le travail de la mezzo-soprano Clémentine Margaine (qui fait là ses débuts au Liceu) se démarque significativement. Avec un registre ample, une voix puissante, une belle projection, une diction parfaite et un timbre à la fois chaud et charnu, Clémentine Margaine s’impose comme une Léonore de Guzmán de très haut niveau et la grande triomphatrice de la soirée.

La diction du ténor nord-américain Michael Spyres s’avère moins claire et précise, mais le courage avec lequel il attaque les nombreux aigus stratosphériques du rôle de Fernand lui vaut un grand succès auprès du public – quand bien même la haute note, toujours très attendue, de son grand air « Ange si pur » n’est pas abordée très proprement.

Le baryton Markus Werba, qui lui aussi fait ici ses premiers pas sur la scène du Liceu, incarne un Alphonse XI plus que correct, mais sans doute pas mémorable. Le rôle requiert à la fois davantage de puissance et de présence vocale. Au contraire, Ante Jerkunica, fort d’une voix de basse particulièrement bien placée, d’une belle épaisseur et sans pour autant être trop lourde, brille dans le rôle presque secondaire du moine Balthazar – ses menaces à l’encontre du roi à la fin du deuxième acte sont proprement terrifiantes et glacent l’auditoire. De son côté, la soprano Miren Urbieta-Vega est particulièrement resplendissante dans le rôle mineur de la confidente Inés, tout comme le ténor Roger Padullés se révèle très bon dans le rôle de Gaspar.

Les chœurs se montrent plus inégaux : sur l’île de Léon, le chœur de femmes est décevant, mais les chœurs masculins offrent une meilleure performance. Dans la fosse, le chef Patrick Summers (fin connaisseur du répertoire bel cantiste) est en quête d’une lecture très fondamentale de la partition, en parfaite adéquation avec les voix mais ne parvient pas à obtenir un son très raffiné de l’ensemble instrumental.

La production fait par ailleurs le choix (loin de faire l’unanimité, voire peut-être malvenu) de jouer la musique des ballets, intercalée entre les actes, rideau baissé dans le cadre d’intermezzo. Le choix s’avère peu concluant dans la mesure où il apparait préférable, ou de donner le ballet et de le danser, ou de l’omettre totalement tant la musique présente un intérêt limité, au prix d’une rupture malvenue dans la trame de l’œuvre.

traduction libre de la chronique de Xavier Pujol
(Barcelone, 8 juillet 2018)

Crédit photo : © Antoni Bofill

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