Le bel art de Mozart avec l’Académie de l’Opéra national de Paris

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La saison 2020-2021 de l’Opéra national de Paris devait s’ouvrir avec 7 Deaths of Maria Callas, finalement créé il y a quelques jours à la Bayerische Staatsoper. Mais c’est finalement Mozart (une valeur sûre), et qui plus est par l’Académie de l’Opéra national de Paris (valeur tout aussi sûre), qui s’en charge à l’Amphithéâtre Bastille. Trois jours avant que Philippe Jordan ne dirige les trois dernières symphonies du génie de Salzbourg en ouverture de la programmation sur l’avant-scène du Palais Garnier (pendant les travaux de rénovation), les artistes en résidence interprètent des extraits d’œuvres qu’il nous tarde de réentendre en version complète et scénique, en intermède d’un agenda bien chargé jusqu’à la fin d’année. Nous le savons, les temps sont particulièrement durs pour tous les étudiants musiciens, et tous ces rendez-vous pourront sans doute permettre d’éviter une génération de musiciens « sacrifiés » par la despote COVID.

Cette rentrée 2020 accueille en tout cas trois nouveaux chanteurs, un pianiste-chef de chant, des instrumentistes à cordes, ainsi qu’un metteur en scène, des costumiers, perruquiers-maquilleurs, et autres artisans d’art. Le baryton russe Alexander Ivanov est plein de promesses dans la peau d’un Papageno bon vivant et séducteur, gardant le soin de la belle phrase comme une nécessité. Cette maîtrise fait entrevoir une perspective rayonnante de jeu d’acteur. Le baryton-basse Niall Anderson, Leporello percutant et contrasté, fait presque de l’ombre à Don Giovanni (Alexander York, dont les progrès ne cessent de s’exprimer au gré des années, malgré quelques tendances à trop de sonorité) et au Commandeur d’Aaron Pendleton (un « bizutage » pas forcément bienvenu, même si la cohérence musicale augure des interprétations prenantes). Ce dernier se révèle cependant imposant en homme armé aux côtés de Ki Up Lee (au très beau timbre encore en pleine éclosion) dans La Flûte enchantée.

Nous retrouvons gaiement leurs camarades au terme d’une privation de scène qui aura duré trop longtemps. Le ténor Tobias Westman explore sublimement les tréfonds harmoniques et la dialectique de mélange avec les autres voix. S’il est un amoureux introverti au combien émouvant en Ferrando soucieux de netteté psychologique, il intronise superbement le drame dans la bouche de Tamino. Fernando Escalona livre sûrement l’air le plus rare de la soirée (« Ah di sì nobil alma », dans Ascanio in Alba) ; telle une statue mouvante, il pose dans le roc la clarté du geste musical, grâce à une lettre minutieusement mise en valeur et d’enthousiasmantes trouvailles prosodiques. Marie-Andrée Bouchard-Lesieur montre une aisance de textures et une respiration réactive chez Dorabella, dont le Guglielmo confiant de Timothée Varon parvient à tendrement entrelacer le timbre. Plus loin, Pamina happe l’ouïe sous la volupté d’Andrea Cueva Molnar, tant dans l’émission finement élancée que dans l’alternance du vibrato. Fiordiligi ou Donna Elvira, Marianne Croux sait manier l’ampleur de ses phrases, évoquer le pouvoir de ses personnages, quitte à paraître à quelques moments intrusive au regard de ses coéquipiers. Kseniia Proshina attire quant à elle Donna Anna vers plus de doute, vers une fuite en avant de l’âme dont la sincérité se ressent dans ses aigus meringués. Son duo avec Don Ottavio (Ki Up Lee) est celui du danger, de la crainte fidèlement restituée. Ramya Roy campe une Sesto d’acier qui, défensive, laisse passer la fierté au-dessus de l’état émotionnel intermédiaire.

Au piano, Edward Liddall imprègne les accords de profondeur, au risque de mettre au second plan l’articulation, et Olga Dubynska mériterait de se laisser aller à plus de liberté rythmique. Enfin, le nouvel arrivant Felix Ramos réussit sans peine à se faire une place comme écho imaginaire des chanteurs ou en complément de l’ensemble à cordes réuni sur Don Giovanni (et agréablement consolidé par les violons 3 et 4 de Julius Bernad et Roxanne Rabatti).

Le spectacle doit reprendre, mais les jeunes musiciens doivent également être entendus. Beethoven, Purcell, Aperghis, Saint-Saëns, Offenbach ou opéra italien, c’est l’occasion ou jamais de les découvrir ces prochaines semaines sous toutes leurs facettes !

Thibault Vicq
(Paris, 16 septembre 2020)

Crédit photo © Studio J_adore ce que vous faites  OnP

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