Un Nabucco "de tradition" à l'Opéra Royal de Wallonie

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Provenant de l'Opéra de Tel Aviv, - où nous nous rendrons le mois prochain pour une production très attendue de Norma -, cette production de Nabucco de Giuseppe Verdi, signée par Stefano Mazzonis di Pralafera, est présentée ces jours-ci à l'Opéra Royal de Wallonie avec une double distribution. Nous avons opté pour la seconde car nous entendrons le Nabucco du vétéran/phénomène Leo Nucci dans une autre production, le mois prochain, à l'Opéra de Monte-Carlo : un choix qui a autant offert de bonnes surprises (les voix féminines) que laissé de mauvaises impressions (la distribution masculine, hors le rôle-titre).

Révélation de la soirée, la soprano ukrainienne Tatiana Melnychenko offre un instrument riche, capable de soutenir la tessiture meurtrière d'Abigaille, et possède l'engagement farouche et l'insolence dans l'émission de cette femme assoiffée de pouvoir, prête à tout pour atteindre son but. Sa rage et sa véhémence font ainsi vite oublier quelques déséquilibres dans le phrasé, d'autant qu'elle maîtrise la cantilène « Anch'io dischiuso » avec un beau sens du piano. Surprenante également, la Fenena de la mezzo israélienne Nahama Goldman, qui allie beauté de timbre et maîtrise de la ligne, toujours au service d'une expressivité rigoureusement contrôlée.

Las, les choses se compliquent du côté des hommes. La basse italienne Enrico Iori n'a plus l'assurance qu'on lui a connue, et sa tierce aiguë paraît irrémédiablement compromise. Douloureux également, l'Ismaël du ténor roumain Cristian Mogosan, aux prises avec d'insurmontables problèmes techniques qui nous ont fait redouter chacune de ses interventions. Autrement mieux chantant que ses deux collègues, le baryton roumain Ionut Pascu campe un Nabucco généreux et spontané, davantage victime des situations qu'impérieux chef de guerre, et, en dépit d'une légère fatigue en fin de soirée, son roi de Babylone s'affirme d'une belle solidité et surtout d'un étonnant pouvoir émotionnel.

C'est dans la fosse et du côté des chœurs que la musique retrouve (tous) ses droits. Paolo Arrivabeni – l'heureux directeur musical de la phalange wallone – ne se contente pas de battre la mesure et d'accuser le profil martial de la partition. Il obtient de son orchestre des couleurs, une dynamique, une souplesse qui donnent un sens au discours verdien. Le chœur, surtout, est chaleureux, nuancé quand il le faut. Moment évidemment très attendu, le sublime « Va pensiero » est abordé piano, très lentement, pour ensuite s'envoler tout en gardant un bel élan.

Les énergies et les magnétismes musicaux neutralisent l'aspect visuel d'un spectacle fonctionnel, qui exploite habilement un grand panneau fixe d'étoiles de David au I, qui s'écroule ensuite pour laisser place à un autre composé de motifs géométriques typiques de l'Assyrie antique. Dans cette scénographie (signée par Alexandre Hayraud), comprenant de rares éléments de décor  - un cheval, ici symbole du pouvoir, sur lequel trône tour à tour Nabucco puis Abigaille, et une statue dorée qui s'éparpille en mille pièces au moment du blasphème de Nabucco -, la mise en scène du maître des lieux offre une vision (très) traditionnelle (comme à l'accoutumée, serait t-on tenté de dire). Le spectacle n'en a pas moins (beaucoup) plu au public liégeois, et c'est bien là le principal...

Emmanuel Andrieu

Nabucco de Giuseppe Verdi à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 29 octobre 2016

Crédit photographique © Lorraine Wauters 

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