Samson et Dalila à l'Auditorium de Bordeaux

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Les opéras en version de concert ont le vent en poupe dans nos opéras de région. Une semaine après Semiramide à l'Opéra de Marseille, et une semaine avant Zelmira à celui de Lyon, c'est Bordeaux qui propose – au sein de son magnifique Auditorium – Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns.

L'évidence du chef d'œuvre s'impose dès les premières mesures : la magnifique plainte des contrebasses, puis le chœur des Hébreux « Ecoute la prière de tes enfants ». De cette extraordinaire partition - notre préférée dans le répertoire français aux cotés des Troyens de Berlioz - le chœur, personnage collectif, et l'orchestre, à la somptueuse instrumentation, appellent un maître d'œuvre : c'est ici le formidable chef britannique Paul Daniel - directeur musical de l'Orchestre National Bordeaux Aquitaine – dont il conviendra de louer la direction souple, précise, naturelle surtout, faisant respirer la musique. La phalange girondine sonne tout en finesse et en transparences, parfaitement apte à exprimer toute la sensualité de la partition de Saint-Saëns. Le chœur maison se couvre également de gloire, aussi poignant de délicatesse dans « Hymne de joie, hymne de délivrance » qu'héroïque dans « Israël, romps ta chaîne ! ».

De Samson, le ténor australien Stuart Skelton possède la stature, la présence, la force de persuasion... Mais de plus, il assume vocalement et sans défaillir un rôle justement réputé fort lourd et difficile : la voix possède des assises solides, un aigu franc et la largesse requise, avec une diction tout à fait remarquable. La jeune mezzo française Aude Extrémo est également une bien belle Dalila. Quel bonheur, pour commencer, de ne pas perdre une seule syllabe du texte, quand tant de ses consœurs mâchonne la langue de Molière. Par ailleurs, le soutien est toujours exact et la ligne de chant constamment soignée et maîtrisée. Malgré tout, elle ne possède pas (encore) l'aisance et l'opulence déployées par ses illustres devancières, ni exactement leur charisme. Mais nous ne doutons pas que la maturité (la chanteuse n'a que 31 ans !), ainsi qu'une plus grande familiarité avec ce répertoire, lui permettront de les acquérir.

Alexandre Duhamel - certainement le meilleur baryton français de sa génération – campe un formidable Grand Prêtre de Dagon, et semble se glisser avec délectation dans ce rôle de méchant. Il faut ici souligner ses grandes qualités : la beauté et le mordant du timbre, mais plus encore la totale adéquation de ses moyens à ce style de rôle. Dans la double partie d'Abimélech et du Vieil hébreux, la basse française Nicolas Cavallier est - comme à sa bonne habitude - formidable d'impact vocal, tandis que le jeune ténor Jérémy Duffau capte (très) positivement l'attention.

Le public ne s'y trompe pas qui, au moment des saluts, acclame avec ferveur solistes, chœur, orchestre et chef.

Emmanuel Andrieu

Samson et Dalila de Camille Saint-Saëns à l'Auditorium de Bordeaux, le 30 octobre 2015

Crédit photographique © Frédéric Guy

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