Reprise du mirifique Rinaldo selon Claire Dancoisne à l'Opéra Grand Avignon

Xl_rinaldo___avignon © Laurent Guizard

Quel bonheur de retrouver, à l’Opéra Grand Avignon, la mirifique production de Rinaldo qu’avait imaginé Claire Dancoisne pour Angers Nantes Opéra où nous l’avions vue en février 2018 en coproduction avec tout un tas d’autres structures lyriques ou théâtrales, comme l’Opéra de Rennes, le Théâtre de Cornouailles à Quimper ou encore le Théâtre Impérial de Compiègne. Comme nous l’avons déjà décrite, nous ne reviendrons pas dessus, si ce n’est pour relever tout l’humour dont fait preuve à maintes occasions le spectacle, une dimension que nous avions occultée dans notre primo-recension ; comme cet épisode où les deux comédiennes (multi-tâches) Rita Tchenko et Marion Zaboitzeff, incarnant deux soldats, manient l’une la tronçonneuse tandis que l’autre agite un bidon d’essence, pour mieux trucider Rinaldo, mais qu’Armida finit par stopper tant elle le trouve beau, au grand dam des deux meurtriers cruellement désappointés. Un humour qui gagne également l’orchestre quand Rinaldo tire sur les rênes de son cheval métallique, et que le trompettiste solo imite alors les hennissements de l’équidé ! Car la mise en scène ne cherche pas tant à impressionner visuellement les spectateurs, avec tout son bestiaire fantastique de bois et de fer, mais aussi à le faire rire, ajoutant l’amusement à l’émerveillement.

Côté chant, si le contre-ténor français Paul-Antoine Bénos-Djian avait été une révélation dans le rôle-titre à Nantes, avouons que son collègue et compatriote Paul Figuier nous a fait encore plus grande impression à Avignon ! Avec une voix encore plus puissante et mieux projetée encore, chose assez rare chez les contre-ténors pour qu’elle soit ici soulignée, le jeune chanteur – que nous avions entendu et déjà remarqué en juin dernier dans le court rôle de Nireno (Giulio Cesare) à l’Opéra-Comédie de Montpellier – se classe d’emblée parmi les grands espoirs du chant français. C’est peu dire qu’il domine les débats ce soir et possède l’étoffe tant scénique que vocale requise par le héros imaginé par Le Tasse. Quelle émotion il parvient à distiller dans l'air « Cara sposa », et quelle vaillance et fluidité insuflle-t-il à son air « Or la tromba », où la rivalité avec les deux trompettistes atteint d’inénarrables sommets !

Seul élément déjà présent dans la cité ligérienne, la soprano Aurore Bucher offre toujours la même puissance et le même éclat guerrier et vengeur à son Armida, mais l’aigu apparaît cette fois plus induré, parfois à la limite du cri dans son air « Furie terribili ». Rien de tel avec la touchante et frémissante Almirena de Maïlys De Villoutreys, magnifique de tendresse et d’émotion contenue, notamment dans la célébrissime aria « Lascia ch’io pianga », à faire fondre les cœurs les plus endurcis. De son côté, la mezzo française Blandine de Sansal, Premier prix du dernier Concours international de chant baroque de Froville, offre à Goffredo (le légendaire Godefroy de Bouillon) son timbre riche et mordoré, mais patine un peu sur les vocalises ardues dévolues à son rôle. Enfin, le jeune baryton Timothée Varon impressionne en Argante, d’autant qu’il apparaît sur le dos d’un poisson géant à la mâchoire peu amène ! Il y interprète l’air « Sibillar gli angui d’Aletto » avec beaucoup d’aplomb, en plus d’être doté d’un très beau timbre, avec des graves sonores et un bel art de la vocalisation, même si le souffle vient parfois à manquer quand ce dernier est très sollicité.

En fosse, l’on retrouve le chef français Bertrand Cuiller à la tête de son ensemble Le Caravansérail. Dirigeant de son clavecin, il parvient à faire de sa formation un acteur majeur du drame, accompagnateur ô combien attentif à chacun de ses cinq chanteurs, tout en préservant parfaitement la musique et le théâtre.

Enthousiaste au plus haut point, le public de la cité papale ne boude pas son plaisir et multiplie les vivats à l’encontre de toute l’équipe artistique… y compris les machinistes venus saluer aux côtés des artistes !

Emmanuel Andrieu

Rinaldo de Georg Friedrich Haendel à l’Opéra Grand Avignon, les 20 & 22 novembre 2022

Crédit photographique © Laurent Guizard

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