Pétillante Scala di seta de Rossini à l'Opéra Royal de Wallonie

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En transposant l'action de La Scala di seta (1812) à notre époque, le metteur en scène vénitien Damiano Michieletto apporte à la farce de Gioacchino Rossini beaucoup de vitalité, en offrant à la jeune équipe de solistes réunie à l'Opéra Royal de Wallonie l'opportunité de réinvestir des personnages soudain plus proches d'eux et de nous. Pendant l'ouverture, les machinistes amènent et posent tous les éléments d'un appartement contemporain – occupants compris ! - en suivant le plan à l'échelle 1/1 dessiné au sol, canevas qui se reflète également dans un immense miroir placé au dessus de la scène. Le miroir permettra également aux spectateurs d'être témoins des nombreux jeux de cache-cache et chassés-croisés entre les différents personnages - tous aussi survoltés les uns que les autres - qui semblent tirés d'une sitcom (avant l'heure). La direction d'acteurs est excellente : Michieletto respecte les principaux « lieux communs » de la farce et de l'opera buffa, et y ajoute un travail individuel très serré et un rare sens de l'espace.

Comme souvent à Liège, la distribution se révèle superlative et, surtout, d'une parfaite homogénéité, emmenée par un chef enflammé. La jeune soprano kazakhe Maria Mudryak (21 ans !) possède une voix de soprano lyrique léger, au timbre rond et à la belle ligne de chant, qui s'investit tellement bien dans le personnage de Giulia qu'on lui pardonnera volontiers un ou deux aigus légèrement acides. Filippo Fontana (Germano) - positivement remarqué dans le rôle-titre de Don Bucefalo au Festival de Wexford en 2014 - est un chanteur précis, à la diction impeccable, doté de remarquables talents de comédien. Le ténor roumain Ioan Hotea fait également sensation en Dorvil : on admire sa superbe conduite du souffle, son émission dépourvue de toute dureté, son médium solide et sa quarte aiguë émise en voix mixte sans aucun appui superflu. Dans le rôle de Lucilla, la cousine de Giulia, la chanteuse belge Julie Bailly joue les vieilles filles niaises avec humour et fait un malheur dans son aria di sorbetto transformé ici en scène de séduction. De leur côté, Laurent Kubla (Blansac) et Federico Buttazzo (Dormont) n'ont que les ensembles, les récitatifs et leur art de comédien pour se distinguer : ils y réussissent à leur tour.

A la tête d'un Orchestre Royal de Wallonie parfaitement sonnant, le jeune chef américain Christopher Franklin réussit parfaitement les crescendi orchestraux dans les ensembles, met en place de véritables récitatifs parlando (où le clavecin de Sylvain Bousquet fait merveille) et fait surgir des colorations romantiques dans l'air de Giulia « Io mio ben sospiro e chiamo ».

Voilà une production qui donne envie d'entendre les autres farces du Cygne de Pesaro tels que La Cambiale di matrimonio, La Pietra del paragone ou L'Inganno felice, trop rarement mises à l'affiche...

Emmanuel Andrieu

La Scala di seta de Gioacchino Rossini à l'Opéra Royal de Wallonie, jusqu'au 19 mars 2016

Crédit photographique © Lorraine Wauters

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