Natalie Dessay dans « Portraits de femmes » au Festival Ravel

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Depuis l’année dernière, les deux grands festivals de musique classique du Pays Basque – Musique en côte Basque et l’Académie Ravel – ont fusionné pour créer une nouvelle manifestation : le Festival Ravel. Placé sous la houlette du pianiste et chef d’orchestre Jean-François Heisser, le festival offre, du 26 août au 16 septembre, pas moins de vingt concerts disséminés dans les lieux les plus emblématiques de la région, comme la Casino-Théâtre de Biarritz, l’Eglise d’Ascain, le Théâtre de Bayonne, ou encore l’Eglise de St Jean de Luz, célèbre pour avoir abrité le mariage de Louis XIV avec l’Infante Marie-Thérèse, scellant au passage la paix avec la puissante Espagne.

C’est dans cette même église, font baptismal de l’ancien festival comme du nouveau, que se tient le cinquième concert de cette deuxième édition, avec un récital réunissant la soprano Natalie Dessay et le pianiste Philippe Cassard, pour un programme intitulé « Portraits de femmes » alliant Mélodies françaises et Lieder allemands. C’est la première fois que nous réentendions Natalie Dessay depuis son retrait des scènes lyriques (en 2013) et nous ne l’avons toujours pas entendue (ou vue) dans ses nouveaux chevaux de bataille que sont le théâtre, le jazz, la chanson française, le cinéma ou la comédie musicale. Avouons d’emblée que, sans rien avoir perdu de la beauté de son timbre ni de son magnétisme, le répertoire allemand – ici des Lieder de Schubert, Brahms et Strauss – ne semble pas être celui qui lui convient le mieux, car là où doit régner l’évidence et la simplicité, c’est bien au contraire l’artifice et la sophistication qui triomphent... Reste qu’elle déploie une belle diction de la langue de Goethe et que son génie théâtral emporte l’adhésion dans le fameux « Marguerite au rouet » (Gretchen am spinnrade) de Schubert, délivré de manière intense et passionnée. Et puis elle a aussi eu l’intelligence de choisir un partenaire – l’excellent Philippe Cassard – dont le jeu fin et délicat s’accorde avec bonheur à son timbre. Cette délicatesse, on la retrouvera un peu plus tard quand il s’installe seul au piano pour une exécution de la très belle « Soirée dans Grenade » de Claude Debussy, une Espagne rêvée et idéalisée puisqu’il ne put jamais s’y rendre...

La seconde partie la trouve mieux à son avantage avec des Mélodies françaises qui débutent avec La Chanson perpétuelle d’Ernest Chausson pour laquelle un quatuor à cordes est convié à rejoindre le pianiste pour un moment musical à six. Ecrit par Charles Cros, cet air développe l’idée poétique du sentiment amoureux, mais dans lequel règne une grande désillusion : les différents interprètes réunis ici servent au plus juste l’écriture extrêmement sobre du compositeur français et dévoilent ainsi la délicatesse de l’harmonie de ce musicien original. Faisant l’impasse sur le célèbre « Pleurez mes yeux » extrait du Cid de Massenet ainsi que sur « La maja y el Ruisenor » de Granados, pourtant inscrits sur le programme de salle, la diva enchaîne directement sur la « Vocalise en forme de Habanera » de Maurice Ravel, l’enfant du pays dont la maison natale se trouve juste de l’autre côté de la Nivelle, fleuve qui sépare St Jean de Luz et Ciboure. Les trilles enjôleurs qui sont la substantifique moelle de cette pièce ne peuvent que combler un public qui a toujours raffolé des notes stratosphériques dont est capable Natalie Dessay. Le programme se conclut sur les célèbres « Filles de Cadix » de Léo Delibes dans lesquelles Dessay se jette à corps perdu, avec une audace vocale spectaculaire, ce qui ne manque pas de faire délirer le public qui lui réclame aussitôt un bis. Cela sera le célèbre Air des bijoux tiré de Faust de Gounod, dont elle assure avec brio toutes les vocalises, mais fait en plus d’agréables nuances et dit le texte avec esprit, ce qui est une sorte de défi auquel là encore le public ne restera pas insensible... qui lui fait un nouveau triomphe !

Emmanuel Andrieu

Natalie Dessay en récital au Festival Ravel (Eglise de St Jean de Luz), le 31 août 2018

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu
 

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