Luisa Miller à l'Opéra de Lausanne

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Luisa Miller confirme son retour en force, à un rang qui n'est plus loin d'égaler les opéras qui le suivent immédiatement, Rigoletto, Il Trovatore et La Traviata. Mais il garde le caractère d'ouvrage méconnu qui poursuit avec cohérence la saison de l'Opéra de Lausanne que son directeur Eric Vigié a quasi entièrement consacrée à des opéras réputés mineurs, et qui s'achèvera, en juin, avec une nouvelle production des Joyeuses commères de Windsor d'Otto Nicolaï.

Remplaçant Alexia Voulgaridou initialement prévue, la soprano croate Lana Kos n'a pas semblé totalement en pleine possession de ses moyens ce soir, notamment dans l'aigu. La voix a paru alternativement détimbrée ou un rien acide, avec pourtant de belles expressions et un phrasé très musical dans le médium, en particulier dans les ensembles. Sa belle et fine silhouette convient, par ailleurs, parfaitement à la fragilité de Luisa. Si le ténor albanais Giuseppe Gipali manque un peu d'éclat et de rayonnement dans le rôle de Rodolfo, il apporte néanmoins au héros son timbre chaud, son magnifique sens du phrasé et du legato, et la souplesse dans l'émission exigée par cette partie (encore) belcantiste. Son grand et fameux air, « Quando le sere al placido », délivré avec beaucoup de délicatesse, constitue un des moments forts de la soirée.

Le baryton italien Luca Salsi – qui interprète Miller, le père de Luisa – possède ces qualités de baryton Verdi que sont la chaleur du timbre, la beauté du phrasé et l'ampleur d'émission. Voix solide aussi, un rien moins convaincante quant à la ligne de chant, offre son confrère de tessiture et de nationalité Giovanni Furlanetto, qui campe un Comte Walter hautain et dédaigneux. La basse russe Daniel Golossov – déjà présent, avec moins de bonheur cependant, sur la scène vaudoise en début de saison dans Lakmé - crée une surprise bienvenue avec son Wurm incisif, auquel il prête un sens dramatique imparable. Leur association présente l'une des paires les plus noires de l'histoire de l'opéra : ils font réellement frémir. Impressionnante, elle aussi, la perfide Federica de la superbe mezzo française Marie Karall, qui complète avec venin ce trio d'âmes damnées.

Là où le bât blesse, c'est la mise en scène confiée à Gian-Carlo Del Monaco, assisté de William Orlandi pour les décors et les costumes. Epurée, elle se réduit peu ou prou à une série de statues de marbre – dont une représente l'impératrice Marie-Louise placée face à une cheminée (de marbre aussi) au dessus de laquelle trône un buste de Verdi – déjà présente sur scène à l'arrivée des spectateurs. A la fin de l'Ouvertrure, le cénotaphe monte vers les cintres, grâce à un treuil, pour se retrouver suspendu au dessus du plateau, avant de reprendre lentement sa position initiale, sur les derniers accords...sans qu'on comprenne l'utilité de tout cela, Del Monaco n'ayant pas pris le soin d'écrire quelques lignes dans le programme de salle, pour éclairer le spectateur sur sa démarche. Plus grave, entre les deux rotations du décor unique, il ne se passe rien ; or la scénographie minimaliste de William Orlandi est exactement de celles qui réclament une vraie direction d'acteurs. Car c'est précisément ce qui fait défaut dans le travail de l'homme de théâtre italien : les personnages restent égarés, figés dans des poses affectés. Luisa et Rodolfo sont particulièrement malmenés, ce que n'arrange pas la jeunesse de la soprano – et une expérience théâtrale visiblement sommaire -, ni les dons de comédiens limités que nous avons toujours connus au ténor.

A la musique, donc, de récupérer ce bémol, et le magnifique chef italien Roberto Rizzi Brignoli s'y emploie avec fièvre. Cela sonne vif et grand, avec des phrasés, une cambrure, un fini impeccable... Il est – avec un Orchestre de chambre de Lausanne admirable de lyrisme et de cohésion - le principal motif de satisfaction de la soirée.

Emmanuel Andrieu

Luisa Miller à l'Opéra de Lausanne

Crédit photographique © Marc Vanappelghem

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