L'Opéra de quat'sous en VO à l'Opéra Grand Avignon

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Etrennée sur la Scène nationale de Calais en octobre 2016, avant d’être reprise au Théâtre de la Croix-Rousse à Lyon, puis pour une représentation unique à l’Opéra Grand Avignon, cette production de l’Opéra de quat’sous de Kurt Weill imaginée par Jean Lacornerie est une vraie réussite. Le metteur en scène français – dont nous avions beaucoup aimé la production de Mozart et Salieri (Rimski-Korsakov) à l’Opéra de Lyon la saison dernière – a cherché à donner à entendre l'ouvrage tel qu'il avait été créé en 1928 à Berlin, avant d'être interdit en 1933 par les nazis (mais avec les parties parlées en français cela dit…).

De fait, ce spectacle se révèle non seulement fidèle à l’esprit théâtral de la pièce, mais en respecte aussi la part musicale, minoritaire en minutage mais fondamentale. L’aptitude à chanter pour tous les comédiens présents est loin d’être négligeable, et tous les rôles sont assurés avec efficacité. Jacques Verzier et Florence Pelly forment un couple Peachum cyniques et pervers à souhait, apportant au spectacle son côté saugrenu et burlesque. Mackie Messer est interprété par Vincent Heden qui a pour lui une voix pure et un air de rockeur ombrageux, un dandy bandit au costume étincelant qui laisse entrevoir son torse nu. Pauline Gardel incarne une Polly Peachum à la candeur juvénile tout à fait charmante. Nolwenn Korbell (Jenny), en prostituée fatiguée et vindicative, émeut à l’image d’une héroïne désespérée d’un film d’Almodovar, tandis qu’Amélie Munier (Lucy), fragile et déterminée, séduit par sa faculté à combiner pitié et révolte. Enfin, Tiger Brown – l’ami d’enfance trahi – est incarné de touchante façon par Gilles Bugeaud.

La scénographie conçue par Lisa Navarro transpose l’action dans un entrepôt d’usine dans lequel sont intégrés les instrumentistes (en blouse de travail) réunis autour d’une grande table de confection au milieu de la scène. Non seulement la direction d’acteurs de Lacornerie oblige ici les comédiens à jouer et à danser (chorégraphies de Raphaël Cottin), mais elle leur fait également manipuler des marionnettes. Jean Lacornerie a en effet demandé à la marionnettiste Emilie Valantin de concevoir toutes sortes de marionnettes pour incarner brigands, mendiants et autres prostituées : une riche idée qui donne encore plus de vie sur le plateau, tout en préservant la dimension satirique et insolente de l’ouvrage.

Dirigeant de sa trompette, Jean-Robert Lay est à la tête du tout petit orchestre de jazz conforme aux effectifs de la création. Ensemble, ils parviennent à distiller le style canaille et désabusé, la déliquescence berlinoise typiques de Bertolt Brecht et de Kurt Weill. On vous l’a déjà dit, une vraie réussite !

Emmanuel Andrieu

L’Opéra de quat’sous de Kurt Weill et Bertolt Brecht à l’Opéra Grand Avignon, le 25 novembre 2018

Crédit photographique © Frédéric Iovino

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