Le Voyage dans la lune de Jacques Offenbach au Centre Lyrique Clermont-Auvergne

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Le Voyage dans la lune, inspiré à ses librettistes, Van Loo, Leterrier et Mortier, par deux romans fantastiques de Jules Verne : De la Terre à la lune (1865) et Autour de la lune (1870), fut créé le 26 octobre 1875 au Théâtre de la Gaîté avec un succès qui ne se démentira pas pendant près de deux cents représentations. Si la partition composée par Jacques Offenbach n'est pas aussi géniale que celle de ses grands chefs d'oeuvre comme La Belle Hélène, Orphée aux enfers, La Périchole ou La Vie parisienne, elle peut se classer cependant parmi les productions qui ne peuvent que lui faire honneur pour leur charme, leur brio et leur gaieté de bon aloi. Des pages comme l'air d'entrée du Roi Vlan, la romance à la lune du Prince Caprice, le délicieux boléro de Fantasia, le piquant duo des pommes, l'air si cocasse « Je suis nerveuse » que chante Fantasia, celui si brillant des charlatans, la « ronde frissonnante des flocons de neige », sont tous du meilleur Offenbach.

Après avoir été créée en Suisse (Fribourg, Lausanne et Bulle) l'hiver dernier, et avant de rejoindre son port d'attache - le Festival de Saint-Céré dans le lot - cet été, cette production signée par Olivier Desbordes (directeur-fondateur de la manifestation midi-pyrénéenne) vient poser ses valises, pour deux soirées, au Centre Lyrique Clermont-Auvergne, dans la belle salle à l'italienne tout juste rénovée de l'Opéra-Théâtre de Clermont-Ferrand. Pour ce genre d'ouvrage - qui donne lieu à la fantaisie et à l'imagination les plus débridées -, la mise en scène, les décors et les costumes ont une importance primordiale, et chacun de ces éléments s'avèrent ici une vraie réussite. Desbordes transpose d'abord l'action dans un XIXe siècle rigide (sur terre), puis dans les pétillantes années 60/70 (sur la lune). Nos terriens allunisent dans une société obsédée par la consommation (ici tournée en dérision par la mise en place d'éléments ménagers surdimensionnés), où sourd déjà une menace nucléaire (l'irruption finale du vocan est troquée contre une explosion nucléaire). Bien que loufoque et pleine de dérision, la mise en scène dépasse ainsi son cadre historique pour poser des questions fondamentales sur notre monde d'aujourd'hui. Cela se fait également au prix de quelques aménagements dans la partition, de même que le texte s'enrichit de quelques plaisanteries actuelles (comme cette imitation de François Hollande), de références à l'actualité politique (l'affaire Cahuzac, le mariage pour tous...), et autres clins d'yeux régionaux (la ville de Chamalières, le département du Cantal...) - comme il est de coutume avec les ouvrages d'Offenbach (et sans aucune lourdeur malvenue).

La distribution est dominée par quatre superbes chanteurs-acteurs : Christophe Lacassagne, Roi Vlan d'une si réjouissante originalité ; Eric Vignau qui fait du savant Microscope une composition irrésistible de drôlerie ; Jean-Claude Saragosse, Roi Cosmos dont la joviale autorité fait merveille et enfin Yassine Benameur (Cactus) qui déclenche le rire à chacune de ses intonations. Le rôle du Prince Caprice - qui à la création fut tenu par la fameuse Zulma Bouffar, interprète favorite d'Offenbach après Hortense Schneider - est distribué à la jeune Marlène Assayag qui chante bien, fait preuve d'aisance scénique, mais dont la diction reste néanmoins perfectible. Parmi les femmes, Hermine Huguenel donne à la Reine Popotte une autorité bien savoureuse ; mais il y a surtout la formidable soprano française Julie Mathevet, nouvelle jeune étoile du chant colorature, qui campe une délicieuse Princesse Fantasia. Elle apporte à ce rôle un éclat tout particulier par la beauté de son timbre de soprano d'agilité, souple, à l'aigu lumineux, et par un jeu plein d'abattage et d'esprit.

Sans être de tout premier plan, le Choeur et l'Orchestre d'Opéra Eclaté sont d'un très bon niveau et Dominique Trottein, qui connaît bien son Offenbach, les mène avec beaucoup d'entrain, et même si l'on relève quelques décalages entre fosse et plateau dans les ensembles, ils ne sont vraiment que péchés véniels en regard de la réussite globale de l'entreprise.

Emmanuel Andrieu

Le Voyage dans la lune au Centre Lyrique Clermont-Auvergne, puis au Festival de Saint-Céré (29 juillet, 6, 10, 13 & 16 août 2014)

Crédit photographique © Opéra Eclaté

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