Le Requiem de Verdi, titre-phare (mais entre deux eaux) du 42ème Festival du Vigan

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Depuis 42 ans maintenant, au cœur des Cévennes, se déroule un festival qui maintient un haut degré d’exigence et de qualité. Fondé et dirigé par le pianiste Christian Debrus, le Festival du Vigan se déroule dans différentes églises de la ville et des villages environnants. Au sein d’une programmation riche, le concert-phare du festival cette année était la Messa da Requiem de Giuseppe Verdi.

Lors de sa création sous la baguette de Giuseppe Verdi lui-même, le 22 mai 1874 à la Basilique San Marco de Milan, le Requiem est accueilli avec ferveur et les invités de marque présents sont complètement conquis par cette messe grandiose. Comment, en effet, ne pas être ensorcelé par le caractère fou et spectaculaire de cette œuvre ô combien bouleversante ? Composé par Verdi entre Aida et Otello à la mémoire du poète Alessandro Manzoni disparu un an auparavant, ce véritable monument de la musique fut d’ailleurs d’abord nommé « Requiem de Manzoni ». En raison des effectifs importants tant au niveau orchestral que vocal, il nécessite un lieu d’exécution spacieux, et l’on a ainsi dû recourir à la prosaïque Salle des sports de la ville… ce qui n’a pas été sans poser problème.

Au-delà d’une acoustique d’une rare sécheresse, les lieux semblent avoir aussi déstabilisé Béatrice Uria-Monzon qui a raté l'entrée de sa partie solo, obligeant le chef (Michel Piquemal) à reprendre la mesure... comme si de rien n’était. Déstabilisée un peu plus, la mezzo française restera sur la réserve la soirée durant, semblant « marquer » plus que chanter lors de ses différentes interventions. Rien de tel avec la soprano montpelliéraine Bénédicte Roussenq, dont la voix large et parfaitement projetée fait fi des lieux en les emplissant sans peine… même si c’est au détriment de l’émotion attendue dans le célèbre Libera Me. Si le ténor français Patrick Garayt ne démérite point, son collègue basse Jacques-Greg Belobo vole la vedette à tous, avec, en sa faveur, un timbre somptueux et une ligne de chant superbe. Que ce soit dans le Confutatis solo ou dans les ensembles, c'est vers lui que se tournent les oreilles, tant il rayonne de sa personne et de son chant quelque chose qui happe et qui retient.

L'Orchestre Contre-Point, par-delà quelques petits décalages, offrent des sonorités malgré tout nuancées, qui se font hargneuses quand il le faut, ou au contraire douces et recueillies : il en va ainsi des premières notes emmenées avec beaucoup de musicalité, ou de l'intervention des trompettes (disséminées aux quatre points cardinaux de la salle) avant le Tuba Mirum. Si l’orchestre parvient à faire preuve de fulgurances, la spiritualité sait aussi affleurer… malgré la laideur des lieux. Le Chœur de l’Abbaye de Sylvanès (ou le concert était redonné deux jours plus tard) se montre également à la hauteur de la tâche : à une discipline impeccable, il adjoint l'émotion nécessaire.

Malgré les embûches et les heurts, une soirée agréable…

Emmanuel Andrieu

Messa da Requiem de Giuseppe Verdi au Festival du Vigan, le 13 août 2017

 

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