Le Malade imaginaire au Théâtre Graslin de Nantes, ou Molière en musique

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L’Opéra national de Bordeaux vient de fêter l’anniversaire des 400 ans de la naissance de Molière (né en janvier 1622) en montant Le Bourgeois gentilhomme dans une hilarante production imaginée par Jérôme Deschamps. Angers Nantes Opéra et le Grand T proposent de leur côté Le Malade imaginaire, dont la musique et les parties chantées sont nées sous la plume de Marc-Antoine Charpentier – et non de Jean-Baptiste Lully avec lequel le dramaturge a réalisé la plupart de ses quatorze comédies-ballets car Molière s’était fâché avec le maître florentin quand il écrivit ce qui demeure son ultime pièce de théâtre, créée au Théâtre du Palais-Royal en 1673. 

Ce spectacle, imaginé par Vincent Tavernier pour la partie théâtrale et Marie-Geneviève Massé pour les parties dansées, était d’autant plus attendu qu’il propose une version intégrale du dernier chef d’œuvre de Molière – près de quatre heures de spectacle avec seulement 10 minutes d’entracte. Tous les divertissements chantés et dansés conçus par Charpentier y sont conservés et l’on se dit à l’issue de la soirée que les représentations des pièces de Molière ne devraient jamais être amputées de leurs divertissements : le troisième intermède du Malade imaginaire qui célèbre l’entrée d’Argan dans le corps de ballet médical s’avère par exemple absolument nécessaire comme conclusion logique de la comédie.

Tous issus de la Compagnie des malins plaisirs, les comédiens convainquent sans restriction : la Toinette malicieuse de Marie Loisel, l’Argan bougon et capricieux de Pierre-Guy Cluzeau, le Béralde haut en couleurs de Laurent Prévôt, l’hilarant Diafoirus fils de Benoît Dallongeville, le pédant Diafoirus père de Quentin-Maya Boyé, la mutine béline de Jeanne Bonenfant, ou encore l’inquiétant Mr Purgon de Nicolas Rivals. De son côté, Juliette Malfray joue avec beaucoup de charme le rôle d’Angélique, cette dernière devant interpréter avec Cléante le petit opéra impromptu au milieu de l’acte II. Cléante lui-même (Olivier Berhault) s’en sort également très bien pour chanter et parvient à donner à son personnage, habituellement assez falot, une verve malicieuse très bienvenue.

Si le Prologue, hommage obligé au Roi Soleil, paraît un peu longuet, on ne peut que saluer ici le rythme allègre des trois divertissements clôturant chaque acte. Les danseurs de la Compagnie de l’Eventail, les solistes, les chœurs et les instrumentistes du Concert spirituel, tous placés sous la direction alerte et vivante de Hervé Niquet, donnent un bel exemple d’homogénéité et de complicité. La soirée est ainsi ponctuée notamment par les évolutions aussi stylées que drôles de l'excellente compagnie de danse des Pays de la Loire fondée et dirigée depuis 1985 par Marie-Geneviève Massé

Parmi les solistes vocaux, il faudra nommer en premier lieu le bondissant Dorilas de Romain Dayez, au baryton sonore et toujours bien placé. La basse française Yannis François impose ses graves profonds dans le triple rôle de Pan, d’un Soldat et d’un Médecin. Les trois chanteuses Axelle Fanyo (Flore, Maure, Apothicaire), Lucie Edel (Chimène, Maure, Apothicaire) et Flore Royer (Daphné, Soldat, Maure, Apothicaire) rivalisent ici de fraîcheur vocale, et l'on retiendra également le ténor charmant du haute-contre malgache Blaise Rantoanina

Dans une scénographie simple et ingénieuse de Claire Niquet, la mise en scène confiée à Vincent Tavernier a le bon goût d’éviter toute surenchère dans la comédie pure, traitée dans le plus grand respect du texte. Le metteur en scène réserve l’essentiel de sa fantaisie pour les divertissements, lesquels ne manquent pas de joyeuses trouvailles. Outre la cocasserie du duo d’amour que chantent Angélique et Cléante au nez et à la barbe d’Argan et de Diafoirus père et fils, signalons un finale endiablé, avec une danse des clystères et une « messe médicale » particulièrement désopilantes.

C'est bien simple, on n'aura pas vu les quatre heures passer !

Emmanuel Andrieu

Le Malade imaginaire du duo Molière/Charpentier au Théâtre Graslin de Nantes, jusqu’au 3 février, puis au Grand-Théâtre d’Angers les 4 et 5 mars 2022.

Crédit photographique © Laurent Prévôt

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