La Vie parisienne à l'Opéra National du Rhin

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Qui se plaindrait que La Vie parisienne – et plein d'autres opérettes de Jacques Offenbach – soit au menu de Noël de tant de théâtres tant qu'elle nous apporte l'ivresse ? A Strasbourg - où Marc Clémeur a reçu les insignes de Commandeur de l'Ordre de Léopold II dans le foyer de l'opéra, une heure avant le début de cette première – le service se devait d'être de premier ordre. Mise en scène, décors, costumes et interprétation concourent à faire de cette nouvelle production une réussite qui a aussi le grand mérite d'être très complète, en mélangeant les trois versions existantes : l'on découvre ainsi de nombreux morceaux trop souvent gommés ou raccourcis, permettant à l'ouvrage d'Offenbach de gagner en équilibre, et de distiller tout un jeu savant de clair-obscur, entre ironie et tendresse. 

A la tête de l'Orchestre Symphonique de Mulhouse, le strasbourgeois Claude Schnitzler – grand habitué des lieux comme de ce répertoire – mène avec autant d'intelligence que de finesse cette lecture en profondeur d'un opéra-bouffe, où le divertissement n'est que de surface. Le champagne qu'il nous sert a de la robe, du corps, et pas seulement des bulles.

Tous les interprètes – hors deux malheureuses exceptions – partagent son exigence, tant par la qualité de leurs accents que par la noblesse de leur chant (chose plutôt rare dans ce répertoire !). On remarque en particulier la Gabrielle pleine d'espièglerie de la soprano canadienne Mélanie Boisvert, au timbre superbe de fraîcheur et aux aigus aussi lumineux qu'aériens. Le jeune et très prometteur baryton français Guillaume Andrieux – dont nous languissons de découvrir le premier Pelléas à Tourcoing, en avril prochain, au côté de Sabine Devieilhe – campe un Raoul de Gardefeu sémillant, bondissant et virevoltant en diable. Il forme un duo très bien assorti avec le désopilant Bobinet de Thomas Morris qui donne beaucoup de sa personne ici : il chante le fameux air « Mon habit a craqué dans le dos » avec un habit qui a craqué jusqu'à son postérieur - qu'il exhibe sans pudeur -  pour la plus grande hilarité des spectateurs. Avec un timbre élimé et une voix qui se dérobe désormais, Christian Tréguier déçoit en Baron de Gondremarck tandis que la soprano polonaise Agnieszka Slawinska convainc en Baronne, grâce à un jeu et un chant nuancés. Avec une voix plus sombre que de coutume, Delphine Haidan donne à la courtisane Métella toutes les ruses voulues, quand Guy de Mey, dans le rôle de Frick (et de Prosper), se montre plein de drôlerie en parfait clone de Karl Lagerfeld. Seconde erreur de casting, le ténor américain Mark van Arsdale qui ne possède aucune des qualités requises par le Brésilien, à savoir du souffle, du charme et une diction satisfaisante. Nous saluerons en revanche la prestation séduisante de l'enjôleuse Anaïs Mahikian en Pauline, ainsi que l'aplomb scénique de Jean-Gabriel Saint-Martin, épatant en Urbain et en Gontran. Une mention enfn pour le rôle parlé d'Alphonse, tenu ici par le protéiforme artiste qu'est Benjamin Prins.

Pour sa quatrième contribution in loco – après Aladin, L'Enlèvement au sérail et Die Fledermaus – le jeune homme de théâtre belge Waut Koeken propose une mise en scène qu'il transpose de nos jours et qui file à vive allure. Il réactualise et ponctue les dialogues (avec le concours de Benjamin Prins, artiste protéiforme on vous dit...) avec les inévitable jeux de mots et allusions à l'actualité politico-médiatique (« Merci pour ce moment », « Pacte de responsabilité », « Sans-dents »...) qui contribuent à la bonne humeur endiablée caractérisant le spectacle. Quasi omniprésente, une immense horloge vient également rappeler que La Vie parisienne est aussi une course continuelle contre le temps qui passe, inexorablement, avec ses folles ivresses, mais aussi ses gueules de bois...

Emmanuel Andrieu

La Vie parisienne à l'Opéra National du Rhin – Les 13*, 15, 21, 23, 26, 27 et 30 décembre à Strasbourg, le 11 janvier à Colmar, et les 17&18 janvier à Mulhouse

Crédit photographique © Alain Kaiser

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