La Forza del destino au Festival d'été de Munich

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C'est un vent de stupeur et de consternation qui a parcouru l'audience à l'annonce de la défection de Jonas Kaufmann pour cette soirée de clôture du Festival d'été de Munich, qui affichait le titre phare de sa saison 2013-2014, La Forza del Destino, avec certainement les trois meilleurs chanteurs du moment dans leur tessiture respective : Jonas Kaufmann, Anja Harteros et Ludovic Tézier. Las, le chant de son remplaçant, le ténor serbe Zoran Todorovich, est à l'exact opposé des qualités de l'illustre ténor allemand. Todorovich n'a ainsi vraiment pas brillé dans la longue aria d'Alvaro « La vità é un inferno », et aura surtout déséquilibré toutes les scènes qu'il partage avec ses partenaires, avec sa voix grise, sans charme, qui ne connaît que la nuance forte (sans parler de ses piètres dons de comédien...).

En revanche, c'est le ciel et la félicité que procure le chant souverain d'Anja Harteros : émission généreuse et sûre, timbre rond et pur, pianissimi à la fois charnus et impalpables, projection autoritaire et franche, cantabile raffiné, la soprano allemande possède tout. Ludovic Tézier atteint les mêmes hauteurs, et on ne sait qu'admirer le plus chez le baryton français, entre la noblesse du phrasé, l'envoûtement du timbre, la splendeur de l'émission ou l'expressivité du chant. Ils sont le firmament de la soirée.

Dans le double rôle du Marchese di Calatrava et du Padre Guardiano, Vitalij Kowaljow se montre noble et digne, et nous gratifie d'un chant aussi rigoureux que ses personnages. Nous n'en dirons pas autant de la Preziosilla à la voix débraillée et au jeu vulgaire de la mezzo bulgare Nadia Krasteva, tandis que Renato Girolami convainc en Fra Melitone grâce à l'ampleur vocale et la richesse du timbre, qualités requises pour ce protagoniste qui annonce Falstaff.

Que dire de cette production imaginée par le directeur du Residenz Theater (théâtre mitoyen du Nationaltheater), alias Martin Kusej, qui nous inflige tous les poncifs éculés du Regietheater avec scènes de barbaries, de beuveries et autres partouzes trash, relayées par des décors d'une laideur et d'une platitude inimaginables ? Le propos anticlérical du metteur en scène autrichien qui soutient que la religion est mère de tous les fanatismes peut par ailleurs choquer. Nous ne retiendrons finalement de la soirée que l'ultime scène, qui montre un enchevêtrement de grandes croix blanches, image symbolique d'une réelle force morale et esthétique, la seule qui trouve grâce à nos yeux pendant les trois heures que dure le spectacle.

Nous ne serons pas plus enthousiastes quant à la direction du chef israélien Asher Fisch qui – à l'instar de celle de Christoph Eschenbach la veille à Salzbourg – innerve la partition avec des tempi tellement lents qu'ils privent de tout dramatisme et de tout relief une histoire qui n'en manque pourtant pas !

Emmanuel Andrieu

La Forza del destino au Festival d'été de Munich

Crédit photographique © Wilfried Hösl

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