La Chauve-Souris de Strauss pour la onzième édition des Folies Lyriques

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Pour sa 11ème édition, les Folies Lyriques du Domaine d’Ô à Montpellier a opté pour un des grands classiques de l’opérette : La Chauve-Souris. Signataire d’une Etoile de Chabrier très réussie pour la structure Opéra Junior (intégrée à la saison de l’Opéra national de Montpellier), le jeune metteur en scène français Benoît Bénichou offre un travail placé sous le signe du charme et de la vigueur. Dès l’ouverture, la fringante équipe (réunie par l’infatigable Jérôme Pillement, à la fois directeur artistique de la manifestation languedocienne… et chef d’orchestre sur ce spectacle) exalte, avec panache, les plus fines saveurs du chef d’œuvre de Johann Strauss. L’équilibre si délicat entre sentiment et vaudeville est pourtant loin d’être aisé à trouver ici, et Bénichou l’a bien compris, lui qui ne se laisse pas déborder (à deux ou trois petites exceptions près…) par les excès burlesques du récit. Sans renier pour autant l’enjeu comique et mensonger des situations, il s’impose comme un grand spécialiste du rythme théâtral. Les dialogues revisités font souvent mouches, tout comme les noms ou situations modifiés des personnages : Eisenstein prend le patronyme de Strauss-Kahn tandis que Rosalinde cumule les fonctions de femme au foyer et d’attachée parlementaire ! Hautement jubilatoire également, la grande pantalonnade organisée chez le Prince Orlofsky, rôle attribué ici à un contre-ténor, crâne rasé et poitrail tatoué, totalement grunge… La longue scène de Frosch, au III, est moins réussie, malgré tous les évidents dons d’acteur du comédien Silvère Santin, mais sa longue tirade ne suscite que le sourire alors qu’elle devrait déclencher des éclats de rire…

Satisfecit général, en revanche, du côté de la distribution vocale, à commencer par le ravageur Eisentein (pardon, Strauss-Kahn…) du baryton argentin Armando Noguera, à la voix toujours aussi puissante, solaire et bien projetée, tandis que ses dons d’acteur suscitent une nouvelle fois l'enthousiasme. A ses côtés brille la Rosalinde de la mezzo moldave Diana Axentii : timbre pulpeux et chaud, registre élevé rayonnant et graves profonds, le tout secondé par un belle présence scénique. La soprano québécoise Mélanie Boisvert est une Adèle charmante et musicienne, au timbre délicat, et aux aigus ciselés. En excellente voix, le ténor montpelliérain Marc Larcher (Alfred) ne se fait pas prier pour jouer au ténor d’opéra, tandis que Nicolas Rivenq campe un Falke très charismatique. Le contre-ténor français Guilhem Terrail fait forte impression en Orlofsky, avec une voix inhabituellement puissante pour cette tessiture, et un timbre qui laisse une vraie empreinte dans l’oreille des spectateurs. Enfin, Charles Alves Da Cruz donne beaucoup de relief à Blind, quand Lionel Peintre campe un désopilant Frank.

En fosse, placé à la tête de l’Orchestre national de MontpellierJérôme Pillement (également directeur de la structure Opéra Junior évoquée plus haut) impose souffle, légèreté et équilibre à une phalange occitane en très grande forme. La valse est consommée sans excès, les couleurs tziganes s'imposent avec naturel, le clinquant est ignoré. Bref, c'est ce Strauss là que l'on aime entendre !

Emmanuel Andrieu

La Chauve-Souris de Johann Strauss aux Folies Lyriques du Domaine d’Ô, le 7 juillet 2017

Crédit photographique © Marc Larcher
 

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