Elias de Mendelssohn triomphe à la Philharmonie de Paris

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Deuxième Oratorio de Felix Mendelssohn - après Paulus (1836) – Elias est une œuvre grandiose en ses dimensions et convaincante en son écriture. Créée à Birmingham en 1846, un an avant la mort du compositeur, elle a fait l’objet d’un très long travail de préparation et de grandes discussions entre le librettiste - le théologien Julius Schubring -, et le compositeur lui-même. Après l’Auditorium de Bordeaux et la Halle aux grains de Toulouse, c’est la Philharmonie de Paris qui accueille à son tour ce magnifique oratorio, avec comme maître d’œuvre le talentueux chef français Raphaël Pichon… qui doit cependant partager le triomphe de la soirée avec l’extraordinaire chanteur qu'est Stéphane Degout.

Car le chef d’œuvre de Mendelssohn est construit tout entier autour du personnage-titre, l’Elie biblique de l’Ancien Testament, héros solitaire qui lutte contre les faux prophètes et les adorateurs de Baal, se voit menacer de mort, implore la bienveillance de l’Eternel (poignant « Herr Gott, Abrahams, Isaaks und Israels ») et finit par être enlevé au ciel dans un char de feu. La donnée d’Elias est donc aussi imagée que dramatique (il en existe des versions scéniques...), livrant à la musique un large champ d’expression, dont Mendelssohn tire parti avec une habileté sans pareille. Bref, pour servir la partition, il est indispensable que le héros principal en ait le gabarit, et l’on comprend aisément que l’on soit allé chercher l’excellent baryton lyonnais Stéphane Degout. La beauté du timbre, le style impeccable, la justesse de la prononciation de l’allemand, l’ampleur de la respiration, sont autant de qualités bien connues de l’art du chanteur. Il y ajoute aujourd’hui – avec une intensité cultivée au fil des ans -, un souci constant de traduire la profonde humanité de son héros, élevant ainsi la musique vers les sommets dramatiques que requiert la partition. C'est de façon amplement méritée qu'il récolte un incroyable triomphe personnel au moment des saluts.

Autour de Degout, pas de Sabine Devieilhe (excusée pour cause de maternité) ni de Marianne Crebassa (tombée malade) mais une Julia Kleiter et une Anaïk Morel qui suscitent chacune l’enthousiasme. La première trouve dans la Veuve de superbes opportunités de faire valoir son beau timbre lumineux (envoûtant « Höre, Israel, höre des Herrn Stimme ! »), tandis que la seconde s’illustre dans sa double partie de la reine Jézabel et de l'Ange, grâce à sa voix sombre et charnelle, mais aussi par la distinction de sa diction. Enfin, il faudra mentionner le ténor britannique Robin Tritschler, percutant autant que persuasif en Obadiah et en Ahab. Dernier artisan de cette soirée réussie, Raphaël Pichon dirige son Ensemble Pygmalion (Chœur et Orchestre) avec un très grand sens des nuances, sans aucune raideur, dans une optique « opéra » qui répond parfaitement aux rêves que Mendelssohn nourrissait pour son Elias.

Emmanuel Andrieu

Elias de Felix Mendelssohn à la Philharmonie de Paris, le 5 décembre 2016

Crédit photographique © François Sechet
 

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