Die Fledermaus à Coblence

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Avant de découvrir bientôt une production, à Aix-la-Chapelle, de Hansel und Gretel, titre-phare à l'affiche de la quasi totalité des théâtres musicaux allemands pendant la période des fêtes (compte-rendu à suivre très prochainement dans vos colonnes préférées), nous avons pu assister - lors de notre premier périple outre-Rhin, dans la belle cité de Coblence, là où la Moselle se jette dans le Rhin – à une jubilatoire représentation de Die Fledermaus (La Chauve-Souris) de Johann Strauss, ouvrage qui dispute justement - avec le chef d'œuvre d'Engelbert Humperdinck - la place d'ouvrage lyrique le plus joué sur les scènes lyriques allemandes pendant les fêtes de fin d'année.

Die Fledermaus fut composé, on le sait, pour faire pièce aux opérettes d'Offenbach dont le succès allait croissant à Vienne. C'est – ironiquement – en s'inspirant d'une pièce de Meilhac et Halévy, Le Réveillon, que cette opérette vit le jour. Confiée à Cordula Däuper déjà signataire in loco d'une Flûte enchantée saluée par la critique locale , la production de la cité rhénane, tout en étant transposée à notre époque, ne cherche pas à soumettre l'ouvrage de Strauss à la question, sous prétexte de relecture, de critique sociale forcenée ou autres balivernes. Le spectacle de la régisseuse allemande s'avère entraînant, drôle, soigné dans le détail (jusqu'aux lancers de serpentins ou les saluts de la fin), bénéficiant de costumes (signés Sophie du Vinage) aussi bariolés que décalés (nous sommes en Allemagne tout de même... ), mais surtout du concours d'une distribution internationale (la plupart des chanteurs sont dans la troupe du théâtre) majoritairement convaincante, et en tout cas parfaitement soudée.

La soprano roumaine Irina Marinas est une charmante Rosalinde, drôle et mutine, qui, avec force regards entendus et moues appuyées, s'attire vite la complicité des spectateurs. Elle est malheureusement trop juste sur le plan technique pour conférer au rôle toute sa plénitude. Son mari Gabriel von Eisenstein, volage et cocu, se dépense beaucoup, ne cesse de courir ou de tomber. Mis à l'épreuve par ces mouvements permanents (et fort drôles), le chant s'en ressent, mais Michael Heim compense par une diction impeccable et une réelle expressivité. La mezzo japonaise Haruna Yamazaki campe un Orlofsky tout en demi-teinte, avec une voix impressionnante de puissance et d'homogénéité, qui apporte à la soirée – comme il se doit - sa touche d'étrangeté. Dans le rôle d'Alfred, Jurac Holly est un amant digne du théâtre de boulevard, et si la voix manque de puissance, ses qualités d'émission et son timbre agréable le font rapidement oublier. Johannes Wollrab incarne un impayable Frank, aux côtés d'un Falke (Christoph Plessers) solide mais d'un Blind (Junho Lee) à la voix bien éprouvé. Enfin, la soprano coréenne Hana Lee campe une Adèle délicieuse et piquante, malgré un ou deux suraigus un peu difficiles.

Une ouverture imprécise, des cuivres trop appuyés et une direction cherchant ses marques : la représentation commence mal. Par chance, le chef allemand Enrico Delamboye, à la tête de la Philharmonie Rhénane, se ressaisit ensuite et impulse peu à peu à cette soirée, musicalement routinière dans l'ensemble, la vivacité nécessaire.

Emmanuel Andrieu

Die Fledermaus à Coblence

Jusqu'au 11 mars 2014

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