Cecilia Bartoli au Festival Menuhin de Gstaad

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Evénement que la venue - au Festival Menuhin de Gstaad – de la célébrissime mezzo italienne Cecilia Bartoli qui a préféré se produire dans le cadre intimiste de l'église de Saanen (le village voisin), plutôt que sous l'immense Tente du festival (à Gstaad). C'est son dernier disque intitulé « St Petersbourg » qu'elle propose au public international de la très chic station alpine, qui regroupe des airs de compositeurs ayant répondus à l’invitation des Grands - et surtout des Grandes - de la Cour de la Russie Impériale du 18ème siècle. Elle est accompagnée par Diego Fasolis et son ensemble I Barocchisti - comme au disque.

Mais la première partie est cependant surtout consacrée au compositeur cher aux débuts de la cantatrice : Antonio Vivaldi. Surgissant du fond de l'église dans une superbe robe d'un blanc immaculé, Bartoli distille du bonheur à l'auditoire au gré d'airs choisis avec soin, tour à tour ébouriffants - comme le « Se lento ancora il fulmine » tiré de l'Argippo (1730) - ou lents et émouvants comme le « Sovvente il sole » tiré d'Andromeda liberata (1726). Suivent deux arias composés par Hermann Raupach, compositeur allemand ayant fait carrière en Russie, dans lesquels Bartoli ne recule pas plus devant la difficulté pyrotechnique qu'ils constituent... que de chanter le premier dans la langue de Pouchkine ! (sans que bien sûr nous puissions analyser la prononciation de cette langue...).

La seconde partie voit la Diva arborer une somptueuse robe bleue. Porpora, Hasse ou le plus obscur Francesco Araia sont conviés au festin vocal qui suit, grâce à ces compositeurs qui firent les beaux jours des cours européennes au XVIIIe siècle, avec ce véhicule majeur que furent les castrats. On reste ébahi par l'investissement tant vocal que scénique - proprement phénoménal - de la chanteuse. Dans le « Nobil onda » de Porpora ou le « Vo disperato a morte » de Hasse, comment ne pas admirer sa technique miraculeuse et la maîtrise absolue de son instrument... mais aussi la couleur unique du timbre, le souffle comme infini, l'art de vocaliser avec un ambitus prodigieux et des piani d'une beauté toute céleste... qui laisse l'auditoire pantois! Dans les airs de déploration, comme le « Pastor che a notte ombrosa » de Porpora ou le « Se mai senti spirarti sul volto » de Hasse, sa façon de vivre intensément le chant et de susurrer ces airs lents, comme s'ils étaient les derniers, donne également le frisson.

L’orchestre I Barocchisti n'est pas en reste, servant de formidable écrin à sa voix. Menée avec une énergie et une précision éblouissante par Diego Fasolis, la formation suisse (basée à Lugano) crépite de mille feux  et enthousiasme dans les Ouvertures de Porpora (Germanico in Germania) ou de Vivaldi (Farnace). Fidèle à sa généreuse nature – et devant l'enthousiasme du public -, Bartoli ne livre pas moins de quatre bis, dont deux airs de Mozart (l' « Alleluia » tiré de de l'Exultate Jubilate et le « Voi che sapete » tiré des Noces de Figaro), revenant là aussi à ses premières amours. Signalons enfin que, Soixantième anniversaire oblige (tandis que Menhuhin aurait eu 100 ans...), l'édition 2016 s'annonce particulièrement faste... Alors vivement !

Emmanuel Andrieu

Cecilia Bartoli au Festival Menuhin de Gstaad – Le 5 septembre 2015

Crédit photographique © Raphaël Faux

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