Catherine Hunold incarne une poignante Vierge de Jules Massenet à l'Opéra de Saint-Etiennne

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Après Marie-Magdeleine (1873) et Eve (1875), La Vierge est le troisième oratorio de Jules Massenet, et le dernier volet d’une trilogie implicite de la Femme : après l’Amante et la Compagne, la Mère. Commencée pendant l’été 1877, sur la lancée du triomphe du Roi de Lahore, achevée l’année suivante, La Vierge ne fut créée qu’en mai 1880 à l’Opéra de Paris. Le maître stéphanois y ménage une progression constante de l’intérêt : le premier tableau est d’une simplicité évangélique (L’Annonciation) alors que le second (Les Noces de Cana) est d’un éclat un peu tapageur. Les suavités de la première partie sont brutalement interrompues par une chanson à boire délivrée par le chœur, le festin des Noces de Cana, qui fait penser à du Haendel mâtiné de Meyerbeer. La Danse galiléenne qui suit s’avère plus intéressante, l’exotisme étant ici prétexte à une invention plus subtile. Après la scène du miracle (transformation de l’eau en vin), vient se placer le bel air de la Vierge, à la fois théâtral et éloquent. La troisième partie, Le Vendredi saint, est également très réussi : la couleur est sombre, le caractère extrêmement dramatique. Ce bref tableau de la montée au Golgotha est relié au dernier, L’Assomption, par le Dernier sommeil de la Vierge, berceuse symphonique au charme irrésistible. Par la suite, l’inspiration se maintient à la même hauteur. Qu’il s’agisse de la pathétique déploration du chœur des Apôtres, ou du chœur des Anges (parfaite Maîtrise de la Loire placée au balcon pour un effet tout séraphique) qui reprend la simple mélodie de la première partie. Enfin, les strophes de la Vierge (« Rêve infini ! Divine extase ») possèdent un souffle étonnant, et si le Magnificat conclusif semble un peu plus convenu, il n’en produit pas moins l’effet attendu, et il faut saluer ici l’excellent travail exécuté par Laurent Touche à la tête du Chœur lyrique Saint-Etienne Loire.

Par bonheur, la partition est magnifiquement défendue par les six solistes, et notamment grâce à la personnalité rayonnante de Catherine Hunold (La Vierge) et au charme vocal d’Iryna Kyshliaruk (L’Archange Gabriel). De la première, on admire la somptuosité du timbre, la netteté de l’articulation et cet art de la déclamation à la française, la très belle intériorité et le style dans les parties douces, mais aussi l’ardeur des aigus dans les moments d’angoisse ou d’extase. Elle finit sa prestation par des pianissimi éthérés depuis le balcon, alors qu’elle a rejoint les anges des Cieux. De son côté, sa collègue ukrainienne possède le timbre angélique et cristallin qui sied à son personnage. La soprano (Amélie Robins), la mezzo (Lucie Roche) et le ténor (Christophe Berry) n’ont guère l’opportunité de se faire entendre en solo, car leurs interventions sont toujours en ensemble, mais le baryton Marc Scoffoni fait preuve d’une belle assurance dans les passages qui lui sont dévolus (L’Hôte, Simon et Thomas).

Enfin, l’Orchestre Symphonique Saint-Etienne Loire soutient efficacement l’ensemble de l’édifice, mais l’on ne saurait trop souligner ici l’importance de la cheffe Alexandra Cravero qui sait communiquer à l'exécution un souffle et une émotion que n’exclut pas la rigueur de sa direction musicale.

Une belle (re)découverte et un beau début de saison pour l’Opéra de Saint-Etienne !

Emmanuel Andrieu

La Vierge de Jules Massenet à l’Opéra de Saint-Etienne, le 1er octobre 2021

Crédit photographique © Emmanuel Andrieu

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