Carmen au Grand-Théâtre de Tours

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Six après avoir été créée in loco, cette Carmen signée par Gilles Bouillon pour l'Opéra de Tours reprenait du service pour trois représentations. Loin de la Séville folklorique de tradition, l’action est transplantée dans les années soixante, dans un univers de contrebandiers gagné par la violence et la misère sociale. Le réalisme cru de la proposition scénique s’allie à une étonnante économie de moyens, et seuls quelques rares éléments de décors – un pylône électrique, une caravane brinquebalante, un rideau rouge élimé - occupent le plateau. Mais il faut saluer en premier la finesse de la direction d'acteurs du directeur du CDN de Tours : ainsi des rapports entre Don José et Carmen qui s'installent et se dégradent insensiblement, sans que jamais ces deux êtres issus de mondes profondément différents n'aient pu réellement se rencontrer. Remarquable, à cet égard, la scène finale - d’une rare violence en même temps que d’une incroyable force émotionnelle - qui montre Carmen non pas poignardée par Don José, mais égorgée par lui, tel un animal...

Ancienne pensionnaire de l'Atelier Lyrique de l'Opéra de Paris, Andrea Hill campe une étonnante Carmen : une femme sensuelle sans aucune vulgarité, insouciante à l'acte I ,et qui prend peu à peu conscience de son destin. Avec une diction d'une grande clarté, un timbre extraordinairement attachant et des moyens vocaux appréciables, la mezzo britannique remporte, à l'issue de la représentation, un succès largement mérité.

Excellent Roméo ici même la saison passée, le ténor messin Florian Laconi est un Don José vaillant, doté de beaux aigus fermes, plus engagé scéniquement que d'ordinaire, qui parvient même à faire passer ce rôle d'anti-héros à celui de véritable personnage central du drame. Son grand air « La fleur que tu m'avais jetée », alternant forte et demi-teintes, restera comme le moment le plus intense de la soirée.

Superbe également la Micaëla de la jeune soprano française (mais d'origine corso-russe) Vannina Santoni qui, à défaut de reconquérir Don José, a tout simplement fait fondre le cœur du public tourangeau ; on peut lui prédire une belle carrière. L'on n'en dira pas autant de l'impossible Escamillo de Sébastien Soulès, voix opaque et sans projection, sa caractérisation sommaire du célèbre Toréro ne sauvant rien.

A noter, dans le rôle de Moralès, le jeune baryton français Regis Mengus, à la voix superbement timbrée et d'une étonnante présence scénique. Des autres seconds rôles, l'on retiendra la Frasquita de Chloé Chaume et la Mercedes d'Albane Carrère, séduisantes en diable, mais l'on oubliera vite le Dancaïre de Ronan Nédelec, d'un malcanto absolu.

Reste à saluer la performance de Jean-Yves Ossonce - directeur musical et artistique de l'institution tourangelle – qui enthousiasme par une direction exemplaire. Le chef français parvient à obtenir de sa phalange des nuances et des coloris magnifiques - les entractes symphoniques sont de toute beauté ! -, sans jamais perdre de vue le drame. De leur côté, les Chœurs du Grand-Théâtre de Tours sont de bonne tenue, et les enfants eux-mêmes font preuve d'un aplomb imperturbable.

Bref, une bien belle soirée d'opéra.

Emmanuel Andrieu

Carmen au Grand-Théâtre de Tours

Les 17, 19 & 21 janvier 2014

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