Ariodante au Festival d'été d'Aix-en-Provence

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Après Orlando (créé en 1733) et quelques mois avant Alcina (1735), Ariodante est le deuxième opéra de Haendel dont le sujet s'inspire de l'Orlando furioso, le poème épique de l'Arioste. Sa couleur « préromantique », comme ombrée, est bouleversante, et elle n'exclut nullement les fastes du baroque ornementé le plus flamboyant. 

Pour sa nouvelle production, le Festival d'été d'Aix-en-Provence à fait appel à Richard Jones, dont nous rendions compte, il y a peu, d'un autre de ses spectacles, au Festival de Glyndebourne. Iconoclaste comme toujours, l'homme de théâtre britannique rompt avec le livret en transposant l'action dans une communauté de pêcheurs en Ecosse, aux alentours des années quarante du siècle dernier. Le roi médiéval est transformé en patriarche de famille portant le kilt, Polinesso en pasteur violent et lubrique, Dalinda en bonne névrosée. Le roman chevaleresque laisse ainsi place à la chronique sociale, sans que la démarche ne nuise jamais au déroulement de l'histoire et à ses enjeux dramaturgiques, d'autant que la direction d'acteurs s'avère de bout en bout fouillée et pertinente. L'ultime image du spectacle qui montre Ginevra quittant délaissant la liesse finale – échaudée par le calvaire qu'on lui a fait subir – pour prendre la route (elle quitte le plateau et vient à l'avant scène faire du stop...) restera comme un des moments fort de la soirée. Brillante idée également que d'avoir remplacé les fins d'actes dansés par des pantomimes de marionnettes, qui figurent les deux principaux protagonistes dans les moments clé de l'action (rencontre amoureuse, rejet...), dans des saynettes d'un fort impact émotionnel.

Dans le rôle-titre, la mezzo britannique Sarah Connolly ne convainc pas. Lui manquent l'éclat et la tendresse, le brillant et l'humanité, la suavité du timbre aussi, autant de qualités requises par son personnage, qui seules peuvent rendre bouleversant le fameux air « Scherza infida », l'un des plus beaux de toute l'histoire de la musique. Dans le rôle fragile, pathétique et racé de Ginevra, Patricia Petibon brille par son engagement dramatique – bien que parfois un peu outré – qui fait en partie oublier les tensions, les imprécisions et quelques fautes de goût relevées dans son chant. Sandrine Piau lui vole la vedette avec sa Dalinda aussi gracieuse dans les ornements qu'émouvante dans sa déploration du troisième acte. Dotée d'un timbre ingrat, la contralto italienne Sonia Prina ne peut rendre justice à Polinesso, privé de l'arrogance dans l'émission et la projection dans le médium qui lui sied.

Du côté masculin, la basse italienne Luca Tittoto fait forte impression dans le rôle du Roi, grâce à sa voix superbement sonore et sa forte présence scénique, tandis que le ténor américain David Portilllo (Lurcanio) nous offre un portrait sensible du vrai personnage héroïque de l'opéra. Enfin, un très bon point pour l'Edoardo élégant de Christopher Diffey.

Dernière satisfaction de la soirée, la direction d'Andrea Marcon, à la tête du Freiburger Barockorchester, qu'il dirige avec une fermeté et une vigueur qui excluent toute précipitation, et une attention toute particulière à la structure interne de l'opéra et aux exigences du chant.

Signalons, en guise de conclusion, que cette production sera ultérieurement proposée par les opéras d'Amsterdam, Toronto et Chicago.

Emmanuel Andrieu

Ariodante au Festival d'été d'Aix-en-Provence, jusqu'au 18 juillet 2014

Crédit photographique © Pascal Victor

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