Une Flûte enchantée pour les enfants au Staatsoper de Berlin ?

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Cette Flûte enchantée pose des questions intéressantes. Donnée un dimanche après-midi, convient-elle aux enfants, qui, de fait, sont nombreux dans la salle du Schiller Theater ? Et si tel est le cas, quelle mise en scène choisir pour le chef d'œuvre de Mozart ?


La Flûte enchantée - Staatsoper Berlin


La Flûte enchantée - Staatsoper Berlin

Le Staatsoper de Berlin a choisi de revenir à la mise en scène d'August Everding, qui date de 1994.  Ici, point de vidéos animées comme dans la spectaculaire production du collectif 1927 qui se déroule au même moment au Komische Oper, mais un spectacle à l'ancienne, avec des animaux à jambes d'homme, volontiers désuet. La vedette de la production restent les décors et costumes de Karl Friedrich Schinkel, l'architecte prussien, dont les dessins de 1816 sont restés célèbres. Replacée dans une Antiquité imaginaire, la scène s'anime de toiles peintes qui évoquent tantôt l'Egypte, tantôt l'empire aztèque, avec un kitsch qui n'exclut pas de saisissantes visions romantiques, telle la crypte ou une grotte rougeoyante. Bien sûr, on se croirait parfois dans Les Cigares du Pharaon de Tintin, mais le costume en plumes d'oiseaux de Papageno a le bonheur de nous ramener tout droit au souvenir de la première viennoise de 1791.
Et les enfants, qu'en pensent-ils? À l'heure où, en France notamment, on multiplie les spectacles « adaptés », les têtes blondes doivent ici tenir 2h45 de spectacle, avec les longs tunnels que sont probablement les airs chantés. De fait, les passages parlés suscitent davantage de rires, le Papageno efficace mais vocalement sans nuances de Roman Trekel emportant le morceau. Terriblement statiques, les déplacements suscitent l'ennui au premier acte, avant que la mise en scène daigne accorder plus de fantaisie et d'humour à la scène, les adolescents soulèvent la tête de leurs portables, les enfants s'immobilisent sur leurs sièges et la musique de Mozart réapparaît dans toute son innocence.

Si on passe un agréable moment cet après-midi, ce n'est pas entièrement grâce aux interprètes. Le chef Michael Wendeberg mène l'Ouverture à brides abattues puis ralentit dangereusement les tempi jusqu'à créer d'épineux décalages avec la scène. Outre un monolithique Sarastro en manque de graves (Dominic Barberi alterne avec René Pape), le Tamino de Peter Sonn est indolore et transparent. On préférera se tourner vers le Monostasos truculent de Michael Smallwood, admirer la puissance vocale de Narine Yeghiyan en Pamina et saluer l'irrésistible et gouailleuse Papagena d'Elsa Dreisig. Pour les amateurs de la jeune soprano française, à noter que la Révélation des dernières Victoires de la Musique se produira dans le rôle plus conséquent de Pamina (attention, le spectacle n'est pas surtitré) lors des fêtes de fin d'année dans cette même production.

Alors, pour revenir à la question initiale, une Flûte enchantée traditionnelle convient-elle aux enfants ? Au vu des acclamations aux saluts, la réponse semble largement positive. Des enfants peuvent donc écouter durant trois heures un spectacle sans participation de la salle, sans visée pédagogique autre que celle contenue dans l'œuvre. Avoir une véritable et complète expérience d'opéra en somme. Mais quelle œuvre francophone pourrait rivaliser avec le chef d'œuvre de Mozart ? La question est ouverte...

Laurent Vilarem
représentation du 27 novembre 2016

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