Le Comte Ory à l’Opéra Comique – Pour Louis, Gaëlle et Julie

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Les rumeurs de la générale étaient flatteuses et le spectacle est un triomphe. L’affiche réunit la fine fleur du chant français (Julie Fuchs, Gaëlle Arquez, Jean-Sébastien Bou…) avec l’un des meilleurs chefs français en activité (Louis Langrée). À la réalisation, une belle équipe « Comédie Française » (Denis Podalydès à la mise en scène, Eric Ruf aux décors, Christian Lacroix aux costumes) assure la réussite d’un spectacle de Noël familial.


Philippe Talbot (Comte Ory), Jean-Sébastien Bou (Raimbaud), Eve-Maud
Hubeaux (Dame Ragonde), Chœur les éléments



Philippe Talbot (Comte Ory), Julie Fuchs (la Comtesse), Gaëlle Arquez
(Isolier)

Pourtant, la soirée n’est pas sans déconvenues. Sifflé au moment des saluts (ce qui a le mérite de rehausser l’éclat des applaudissements), Denis Podalydès ne parvient pas toujours à animer le plateau. L’action est replacée au moment des guerres napoléoniennes, avec un décor d’une saisissante qualité quotidienne. Ici pas de Rossini pimpant et déluré mais une attention méticuleuse aux gestes de chacun des chanteurs. Ce que l’on gagne en précision du jeu des comédiens, on le perd en vision d’ensemble et en point de vue théâtral. Il manque un grain de folie pour faire vivre ce tableau d’époque magnifiquement restitué. L’action s’apparente à un ouvrage à numéros, et ce ne sont pas de maigres allusions au triolisme ou de timides chorégraphies queer qui atteignent le degré d’extravagance auxquels sont parvenus Rossini et Scribe dans Le Comte Ory.

Pour le premier Rossini de sa carrière, Louis Langrée opte pour une lecture claire et aérée. Les instruments de l’Orchestre des Champs-Elysées sont d’époque et cela s’entend : cuivres claquants, cordes nerveuses, zébrures instrumentales préfigurant Berlioz voire Strauss, avec une hauteur de vue qui tire la pétulance rossinienne vers une esthétique classique. Langrée est un grand chef mozartien (il est directeur musical du Mostly Mozart depuis 2002) et sa conduite apollinienne apporte une légère gravité ou, si l’on préfère, une grave légèreté, du meilleur effet. Le Chœur Les Eléments tire le meilleur des parties qui lui sont consacrées, notamment lors du très raffiné passage a cappella du finale de l’Acte I.

Dans le rôle-titre, Philippe Talbot possède une impayable présence scénique, mais ne transcende pas tout à fait son incarnation du redoutable protagoniste. Tout aussi remarquable comédien, le Raimbaud de Jean-Sébastien Bou souffre d’un défaut de projection. Quant au truculent rôle du Gouverneur, Patrick Bolleire cabotine avec grand style. Mais dans ce Comte Ory illustratif mais plaisant, on n’a d’yeux et d’oreilles que pour les rôles féminins. Outre la délicieuse Jodie Devos en Alice, Eve-Maud Hubeaux impressionne en Dame Ragonde. Annoncée souffrante, la mezzo franco-suisse brosse un personnage drolatique, avec une musicalité jamais prise en défaut. Le premier frisson de la soirée intervient à l’apparition de Gaëlle Arquez. La mezzo, dont la carrière explose à l’étranger, possède une ampleur dramatique et une aisance vocale qui favorise immédiatement la verve comique. Le petit grain de folie qui manquait à la soirée explose aussi à la venue de Julie Fuchs. Bien sûr, on pourrait arguer que sa Comtesse n’entre pas dans la tradition rossinienne belcantiste et rappelle davantage Lakmé et l’opérette (mais après tout Le Comte Ory est chanté en français !), qu’importe : la soprano éblouit par ses agilités pyrotechniques, le charme délicieux de son timbre, ses nuances et son invraisemblable abattage scénique, sans jamais une once de vulgarité. C’est grâce à elle, à Gaëlle Arquez et à la direction de Langrée, que le spectacle décolle enfin et réalise toutes les espérances.

Laurent Vilarem
19 décembre 2017 

Crédit photos : Vincent Pontet

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