Marianne Crebassa triomphe à la Scala dans la mythique Cenerentola de Jean-Pierre Ponnelle

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La mise en scène mythique de La Cenerentola par Jean-Pierre Ponnelle est proche de l'irremplaçable. Depuis sa première représentation à La Scala, en 1973, elle a fait la joie des spectateurs locaux, encore et encore, et si bien que toute tentative visant à renouveler une si joyeuse interprétation de l'œuvre de Rossini susciterait une résistance tenace chez les fidèles de La Scala de Milan. Surtout tant qu'elle réunira des distributions aussi attractives.


Marianne Crebassa, La Cenerentola (c) La Scala 2019
Ph. Marco Brescia & Rudy Amisano

Ces dernières années, en effet, la mezzo-soprano Marianne Crebassa s'est imposée comme l'une des interprètes incontournables de la maison milanaise. Elle impressionne de nouveau dans le rôle principal de l’opéra. Nous avons pu apprécier Marianne Crebassa pour l'artiste complète et exceptionnelle qu'elle est. Jusqu'ici, à La Scala, la mezzo avait campé des rôles plus vrais que nature, comme Chérubin et Irène dans Tamerlano ; mais la tendre Angelina exige une palette de couleurs plus subtiles. Marianne Crebassa était en pleine possession de ses moyens le mois dernier, lors d'un récital méditatif d’airs français à La Scala, et le portrait qu'elle dresse ici de l'héroïne de Rossini est empreint de la même sensibilité vocale, même lorsqu'elle balaye les cendres et chante tristement son aria d'une voix berçante. Ce qui ne l'empêche pas de faire preuve d'une majestueuse assurance et d'une agilité vocale colorature pour produire son petit effet, alors qu’Angelina se présente au bal dans une robe étincelante. Son mezzo grave résonne de manière impressionnante dans le vaste espace de La Scala – une performance si pleine d'assurance ne pourra que renforcer son statut de superstar de la maison milanaise.

Un hommage digne de ce nom, somme toute, à Claudio Abbado, cinq ans après son décès. Si l'on considère que la direction de feu le chef d'orchestre de La Cenerentola se distinguait par sa remarquable clarté rythmique, alors l'interprétation de son successeur ici, Ottavio Dantone, sort incontestablement du même moule. Inventif et d'une gaieté irrésistible, Ottavio Dantone fait surgir des éclairs depuis la fosse et l'exaltation atteint son comble dans une description déchaînée de l'orage. Les interjections explosives et les détails en filigrane se répondent avec éclat et les tempi spacieux mais rigoureux d’Ottavio Dantone nous gardent en haleine (qui a dit que la musique de Rossini devait était réglée comme du papier à musique ?). Son interprétation est tellement pleine de joie que même ce bref instant, gênant, où les chanteurs et l'orchestre se sont dé-coordonnés, n'a pu entacher notre plaisir.


La Cenerentola (c) La Scalla 2019 Ph. Marco Brescia & Rudy Amisano

La simplicité des décors de Jean-Pierre Ponnelle frappe l'œil moderne. Les panneaux en deux dimensions sont empreints d'un charme de dessin animé, la demeure de Don Magnifico – un amas de panneaux brisés, de briquetage apparent et de pièces adjacentes d'où émergent les personnages – se révèle un cadre idéal pour les manigances de l'ouverture et les couches de panneaux qui figurent la salle de bal de Don Ramiro suggèrent une grandeur spacieuse.  L'action magnifiquement chorégraphiée est fermement ancrée dans la partition et provoque ainsi des effets comiques : le Baron est emporté par le vent, une table croulant sous la nourriture fournit un décor plantureux et les courtisans de Ramiro, décrits avec passion par les membres du chœur galamment vêtus de somptueuses vestes rouges, caracolent avec grâce dans le tempo. La remise au goût du jour de la mise en scène de Grischa Asagaroff garde l'encaustique, l'irrévérence et l'esprit de la création originale de son maître Ponnelle.

En outre, le reste de la distribution a de quoi réjouir. Certes, la voix de laser de Maxim Mironov est légèrement trop faible, mais son ton séduisant et son phrasé élégant sont plaisants à écouter et ce ténor agile campe un Don Ramiro assez galant. Carlos Chausson, à presque 70 ans, résonne encore puissamment en Don Magnifico et éclaire la scène dans une démonstration où tous les coups sont permis. Tsisana Giorgadze et Anna-Doris Capitelli sont tout aussi convaincantes dans le rôle des sœurs absurdes et hystériques, Clorinda et Tisbe. La performance assurée d'Erwin Schrott montre un Alidoro engageant et Nicola Alaimo campe un Dandini amusant. L'effervescence de la plupart des numéros d'ensemble est étincelante. Mais c'est la démonstration du feu d'artifice final, avec l'aria « Nacqui all'affanno - Non più mesta » chanté par Marianne Crebassa, qui reste la plus profondément gravée dans les mémoires.

chronique de James Imam librement traduite depuis l'anglais

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