La musique emporte tout dans le Vaisseau fantôme du Met

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Tout Wagner devrait toujours paraitre si glorieux.

Der Fliegende Holländer est l’œuvre du jeune Wagner, alors qu’il cherchait encore sa voie et son style. Mais c’est aussi l’une des (rares) œuvres du compositeur ayant le mérite de la brièveté, permettant aux meilleurs interprètes de s’y engager sans retenu, ni économie d’énergie. Et au Metropolitan Opera, sous la baguette de Yannick Nézet-Séguin, on assiste à un drame musical tendu et vibrant.

Dès les premiers instants, les cuivres jouent avec une énergie qui nous emporte. Yannick Nézet-Séguin tient fermement son orchestre, faisant ressortir les moindres contrastes de la partition – accélérant tantôt pour ensuite alanguir sa direction et inversement –, imposant des entrées et des interruptions extrêmement précises. La fin de l’ouverture est brillante.

Tous les interprètes principaux sont d’excellents wagnériens et endossent parfaitement leur rôle. Même les personnages secondaires sont distribués avec luxe : Ben Bliss chante le pilote de Daland sans le moindre effort apparent, dans un ténor chaud, et la mezzo-soprano Dolora Zajick déploie une voix ample et riche dans le rôle de Mary. La basse Franz-Josef Selig endosse pleinement la personnalité de Daland, le père de Senta, et déploie un chant particulièrement expressif, avec toute la rudesse qui sied au rôle. AJ Glueckert, dans le rôle d’Erik, montre un ténor à la fois doux et nerveux, implorant l’amour de Senta avec passion.

La soprano Amber Wagner fait une parfaite Senta – jeune, rêveuse, avec un brin de folie. Elle déploie une voix gigantesque, ouverte glorieusement dans toute l’étendue de sa gamme. Sa ballade, si exigeante, semble ne lui poser aucune difficulté et elle en surmonte manifestement les obstacles avec facilité. Et bien qu’il soit parfois un brin dépassé par la puissance vocale d’Amber Wagner, le baryton Michael Volle se révèle un bon partenaire pour la soprano, dans le rôle du Hollandais. Son interprétation est intense, que ce soit pour exprimer la colère, l’amour ou le désespoir : plus d’une fois, la puissance de son profond baryton fait frissonner.

Der Fliegende Holländer fait la part belle aux ensembles tout autant qu’aux solistes. Les hommes et les femmes du Chœur du Metropolitan Opera sont excellents, tant individuellement que collectivement, trouvant cet équilibre à la fois essentiel et insaisissable entre voix d’ensemble et voix isolées. Les hommes déploient une énergie rude qui sied aux marins quand le chant des femmes sonne de façon limpide dans le célèbre chœur des fileuses.


Der Fliegende Holländer - Met Opera 2017

Mais la mise en scène n’est pas au niveau de la musique. La production d’August Everding, qui date de 1989, accuse drastiquement le poids des ans et manque cruellement de théâtralité. Les décors très détaillés (signés Hans Schavernoch) sont lourdement démonstratifs : un bateau pris dans les glaces, un entrepôt de textile, et un quai de marchandises. Le gigantesque vaisseau noir du Hollandais est sinistre à souhait. Mais fort de cette interprétation très littérale, Der Fliegende Holländer perd de sa substance : aucune aspérité ou romantisme ne ressort du Hollandais en dehors de son statut.

Plus important encore, cette approche relativement fermée conduit à l’ennui. Dans ces décors très esthétiques, les chanteurs sont contraints de demeurer très statiques. Ce n’est pas qu’ils ne peuvent exprimer leur talent de comédiens – ils sont tous d’excellent raconteurs d’histoires, et il y a des étincelles entre le Hollandais de Michael Volle et la Senta d’Amber Wagner. Mais quand ils devraient se courir dans les bras l’un de l’autre, ils ne font pas. La direction d’acteurs des chœurs aussi fait défaut. Les Norvégiens semblent désœuvrés, alors que les membres de l’équipage du vaisseau fantôme se meuvent comme les figurants d’un film de zombie à petit budget.

Avec une distribution et un orchestra moins solides, cette mise en scène aurait pu faire sombrer la production. Mais avec ces interprètes-là, sur scène comme dans la fosse, elle n’a finalement que peu d’importance. Ils nous emportent, grâce à la musique et malgré le théâtre.

Ilana Walder-Biesanz

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