Stefan Vinke et Petra Lang dans Lohengrin à la Wiener Staatsoper

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« Il y a du bonheur » (écrit en allemand) et deux cœurs enflammés sur un fond de paysage peint sur des rideaux transparents constituent l’essentiel du décor du fond de scène de cette réinterprétation de l’opéra de jeunesse de Richard Wagner, signée Andreas Homoki (en référence au livret de l’œuvre). Le metteur en scène transpose ici la légende du héros divin et de son cygne dans la Bavière traditionnelle : la Hfbräuhaus de Munich semble avoir servi de modèle à cette mise en scène, tout comme les costumes traditionnels bavarois, avec leurs culottes de peau et leurs chaussettes en laine. La province de Brabant et son fleuve l’Escaut sont transposés sur les rives de l’Isar. Le concept est séduisant mais manque toutefois les références originales de Richard Wagner. Le metteur en scène semble vouloir jouer la carte d’une satire étrange – comme quand Ortrud ou Telramund se cachent sous les tables, ou encore lors qu’Ortrud joue au football avec des bouquets de fleurs, et tout devient encore plus nébuleux lorsque les chevaliers se réunissent autour de tables pour festoyer en trinquant leurs bières à la gloire du « Deutschtum » (cette sorte d’esprit nationaliste allemand). L’un des rares grands moments de cette production demeure l’adieu final de Lohengrin et sa conversion, tout comme le retour de Gottfried.

Mais par chance, la direction musicale est l’un des points les plus mémorables de la soirée, notamment grâce à la magnifique démonstration de maîtrise de l’Orchestre Philharmonique de Vienne. Yannick Nezet-Séguin, le nouveau directeur musical du Metropolitan Opera, parvient à élever l’orchestre à un très haut niveau concentration, dans une union en parfaite harmonie. Il obtient des cordes une saveur romantique chaleureuse et de longues notes mélodieuses. Dans l’ensemble, le chef opte pour une approche plutôt lente de la partition, permettant d’en souligner la sensibilité et l’émotion, et la rapprochant de la période romantique (plus tardive) de l’œuvre de Wagner. Après quelques irrégularités au début, les cordes et les vents s’unissent dans un son parfait, forment un appui ample pour les chanteurs, dont les voix sont rarement couvertes, afin qu’une fois encore, chaque mot soit clair et extraordinairement bien compréhensible.

Stefan Vinke, dans le rôle de Lohengrin, remplaçait Klaus Florian Vogt malade, et faisait ses débuts à l’Opéra de Vienne. Sa voix égale celle de son titulaire, claire et brillante, peut-être un peu moins lyrique mais très à l’aise dans les crescendi – et du fait de son remplacement de dernière minute, il semble parfois perdu sur scène, au milieu de cette étrange direction d’acteurs. Ricarda Merbeth le rejoint dans le rôle d’Elsa, blonde et bien en chair dans son Dirndl (l’habit traditionnel des femmes bavaroises) : elle manque parfois de douceur dans son jeu et sa voix n’est pas toujours lyrique, mais elle maitrise, tranquille et sûre, toutes les parties les plus exigeantes de sa partition. Günther Groissböck apparait une fois encore en Heinrich der Vogler, d’une présence scénique impressionnante et fort de la beauté de son timbre, sa basse se fait dramatique mais sans effort et ni grand volume sonore. Petra Lang, récemment acclamée par la critique à Bayreuth dans le rôle d’Isolde, revient ici sur scène et campe une Otrud dramatique et superlative : son mezzo est précis, plein de couleurs et demeure rond tant dans les aigus que dans les graves. Tomasz Konieczny dans son rôle de mari battu sans volonté est aussi bon que sa contrepartie, et son combat pour l’honneur et la force est convaincant. Boaz Daniel est un noble Heerufer plutôt sérieux, au regard de l’allure campagne des chœurs, dans leur costume bavarois, et particulièrement bien préparé, doté d’une grande présence sur scène. On compte nombre de scènes de masses, et chacune contribue à l’extraordinaire expérience musicale de la soirée.
Au terme de la représentation, moult bravi se font entendre parmi les applaudissements, et le public offre une standing ovation aux solistes, au chef et à son orchestre.

Librement traduit de la chronique en anglais d'Helmut Pitsch.

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