© FIC - Bertrand Schmitt
Dimanche soir, le festival international de Colmar s’ouvrait avec son directeur artistique, Alain Altinoglu, à la tête du formidable Orchestre Symphonique de la Monnaie et de la soprano sud-africaine Masabane Cecilia Rangwanasha. Le titre du concert nous promettait une « éblouissante ouverture », qui résume effectivement fort bien la soirée, donnée en l’hommage de Gaetan La Mela, musicien de l’Orchestre décédé subitement la veille.
La première œuvre du programme était la célèbre Chevauchée des Walkyries (La Walkyrie de Wagner). La déferlante musicale nous submerge, et l’on est tout de suite frappé par l’équilibre des pupitres, la cohésion d’un ensemble où chacun se situe par rapport à l’autre, sans jamais tirer la couverture à soi. La partition avant tout. Selon les besoins, les instruments laissent place aux autres, ou bien prennent l’espace laissé, mais ne s’imposent jamais.
Des éloges qui sont valables pour l’ensemble de la soirée, notamment pour la deuxième partie avec Ainsi parlait Zarathoustra. Le lever du soleil (Einleitung, oder Sonnenaufgang) produit toujours son petit effet. L’orchestre offre un beau crescendo, servi par l’harmonie de l’ensemble, et poursuit dans la révélation du reste de l’œuvre, arborant toute une palette de couleurs straussiennes sublimes, sous la direction attentive d’Alain Altinoglu.
Toutefois, la partie que l’on retiendra peut-être davantage est l’interprétation des Quatre derniers Lieder de Strauss par Masabane Cecilia Rangwanasha. De profondes graves moirées, soyeuses, débutent Frühling avant de laisser la place à des aigues chatoyantes. L’implication de la soprano est totale, de même que celle de l’orchestre. Le chef possède par ailleurs une impressionnante capacité d’écoute et une réactivité admirable, parfois tout en discrétion ou délicatesse, afin de laisser au chant la première place qui lui revient. Malheureusement, l’acoustique du lieu – magnifique – n’est pas forcément la meilleure des alliées pour les voix face à un tel orchestre. Ainsi, malgré toute la générosité et l’opulence de son chant, la soprano paraît plus loin qu’elle ne l’est et l’oreille doit s’habituer pour s’ajuster au mieux elle aussi.
September réussit ainsi mieux à l’écoute : ici, la voix se mêle véritablement à l’orchestre, comme si les notes des uns et des autres s’entrelaçaient sur un même plan dans un équilibre digne d’un funambulisme poétique. La douceur nous enlace pour nous mener à Beim Schlafengehen où les cordes nous prennent par la main, nous guide, nous parlent sans cris. La voix de la cantatrice s’épanouit davantage dans la légèreté. Le phrasé se fait sans emphase, la longueur du chant est diaphane, solide dans sa fragilité. Enfin, Im Abendrot nous mène, comme son nom l’indique, au crépuscule, guidés par l’Orchestre Symphonique de la Monnaie et cette voix dont les couleurs miroitantes impressionnent, passant d’un sombre nocturne, dense, velouté, à un soleil miroitant aux rayons parfaitement maîtrisés.
Le public réserve un triomphe, tant à la première partie avec Masabane Cecilia Rangwanasha qu’à la fin de soirée, ravi. Généreux, le chef offre un bis : « après une œuvre philosophique », nous basculons vers une page plus « énigmatique » avec l’une des Variations Enigma, particulièrement inspirée et inspirante.
E.M.
(Colmar, le 5 juillet 2026)
« Eblouissante ouverture » au Festival de Colmar le 5 juillet.
Le Festival international de Colmar se tiendra pour sa part jusqu'au 14 juillet.

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