Stéphanie d’Oustrac, éclatante Folie au festival d’Ambronay

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Ce weekend se tenait le troisième volet des l’édition anniversaire du festival d’Ambronay qui fête cette année ses 40 ans dans une programmation rassemblant un grand nombre de spectacles particulièrement attractifs et réunissant des artistes qui ont marqué ces 40 ans d’existence. Parmi eux, la mezzo-soprano Stéphanie d’Oustrac qui proposait, aux côtés d’Héloïse Gaillard et de l’ensemble Amarillis, un concert « Eclats de Folie ».

Saluons tout de suite le travail et l’attention portés à la structure du programme. Rassemblant des œuvres de Campra, Marais, Destouches, Purcell, Rebel, Eccles, Haendel, Keiser ou encore Heinichen, la soirée se présente comme une histoire de la Folie permettant de l’entendre « dans tous ses états et tous ses éclats pour mieux en explorer les différents visages et mettre en évidence, sous l’égide de compositeurs baroques aux inspirations très diverses, les caractères qui lui sont associés » selon les mots d’Héloïse Gaillard. Un pari fou mené de main de maître qui nous emporte effectivement dans les différents recoins de cette figure emblématique de l’époque baroque.


Stéphanie d’Oustrac et l‘ensemble Amarillis ;
© Bertrand Pichene-CCR Ambronay

Après avoir été une « Médée furieuse » aux côtés de ce même ensemble Amarillis en 2011 dans un enregistrement éponyme absolument divin, Stéphanie d’Oustrac endosse donc ce soir le rôle de la Folie avec tout le talent de tragédienne et l’intensité que nous lui connaissons. Notons par ailleurs qu’elle entre en scène avec les musiciens de l’ensemble et non séparément avant de s’asseoir. La soirée promet un voyage en plusieurs étapes qui débute avec une Folie « charmeuse et triomphante », séductrice à souhait, qui, après le Concerto 7 de Johann David Heinichen offrant un très beau face à face entre violon et hautbois dans le premier mouvement, nous invite à la suivre avec « Accourez, hâtez-vous » extrait du Prologue des Fêtes vénitiennes. La hâte se ressent d’ailleurs dans l’interprétation avant de s’abandonner à la joie et aux plaisirs amoureux, une étape du voyage qui se compose d'un extrait de la Suite en mi mineur de la Sémélé de Marin Marais. L’occasion d’entendre à nouveau la prouesse de l’ensemble qui peint avec talent les tableaux musicaux de la soirée. Se répondant avec soin, les différents instruments permettent une expression complète et savoureuse de l’ensemble du prisme proposé, s’appuyant les uns sur les autres pour un bel équilibre et des nuances riches. On imagine donc sans peine l’arrivée de divers personnages dans cette Suite.

Sémélé est omniprésente alors, puisque s’enchaînent celles de Destouches et à nouveau de Marais avec les airs « Ne cesse point de m’enflammer », qui permet au passage de souligner l’excellente prononciation de la cantatrice, et « Descendez, cher amant », plus langoureux, où « descendez » a parfois des accents de supplication. Une supplication à laquelle l’objet du désir ne semble pas avoir répondu puisque la fureur s’empare alors de la Folie, avant qu’elle ne se montre désemparée et désespérée. L’occasion, à ce stade de l’histoire, d’entendre « Bess of Bedhlam » de Purcell (Mad Bess). Ici, la Folie n’est plus seulement extravagance, comme elle pouvait l’être lors des moments heureux, et Stéphanie d’Oustrac propose une interprétation dans laquelle se distinguent presque deux visages, changeant de mimiques, ou de manière de se tenir. Sombrant un peu plus, la voilà ensuite inconstante et passionnée, offrant notamment un magnifique moment de grâce avec Ground de John Eccles et Mad Song de Purcell. Cette dernière est suivie d’un moment de silence avant de chaleureux applaudissements, soulignant à quel point le public était happé dans l’interprétation. Après avoir cédé aux tourments sans cesser d’espérer, la Folie finit par être accablée et désenchantée, offrant l’air « Abandonnons le soin du monde » extrait du Carnaval et la Folie de Destouches qui, paradoxalement, est entraînant au point que l’on aurait presque envie de chanter avec la mezzo-soprano « A la triste raison livrons tous les mortels ». A croire que la folie nous gagne…


Stéphanie d’Oustrac et l‘ensemble Amarillis ; © Bertrand Pichene-CCR Ambronay

Une ultime étape reste cependant : celle de la moralité. Un voyage comme celui que nous venons de faire n’est finalement pas gratuit, et telles les Fables de La Fontaine (qu’Héloïse Gaillard rappelle dans son texte de présentation), il faut en tirer une moralité que nous énonce l’héroïne : « sans l’Amour et la Folie, il n’est point de moments heureux ». La soirée finit donc en rondeau (« Air pour l’Amour » extrait des Eléments de Jean-Fery Rebel) ainsi qu’en gavotte en rondeau et l’air « Souffrez que l’Amour vous lie ». Un moment dansant et joyeux donc, dans lequel nous est rappelé la moralité citée plus haut, mais aussi que si « la tendre Folie enchante, la Sagesse en fait-elle autant ? »

Le public laisse alors éclater sa joie et fait un triomphe à Stéphanie d’Oustrac, souriante, ainsi qu’à Héloïse Gaillard et Amarillis qui, notons-le, prennent le temps de saluer chaque côté du public réparti non seulement devant eux mais aussi à droite, à gauche, et apparemment derrière. Nous aurons d’ailleurs droit à un bis face à l’enthousiasme général : un profond et déchirant « Remember me », extrait de Dido’s Lament de Purcell. Un « petit souvenir » extrait de Ferveur et Extase, autre disque enregistré par l’ensemble, son chef et la cantatrice.

Au final, un beau moment que l’on pourra (ré)entendre sur France Musique le 22 octobre prochain à 20h selon les informations que nous avons eues. Les plus chanceux pourront quant à eux se rendre à l'une des trois dates annoncées sur le site officiel de l'ensemble Amarillis.

Elodie Martinez

©Bertrand PICHENE-CCR_Ambronay

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