Nathalie Stutzmann et Camilla Tilling dans un duo plein d'émotions à Montpellier

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Lundi soir, Nathalie Stutzmann et son ensemble Orfeo 55 clôturaient cette première année de résidence au sein de l’Opéra de Montpellier par un récital en duo avec Camilla Tilling basé sur des œuvres de Haendel. Le programme, conçu autour de duos, réunissait différents extraits afin de former une trame dramatique en trois actes basée sur « le schéma classique du théâtre aristotélicien : nœud, complication, dénouement tout en renouant avec la tradition baroque du pasticcio », ainsi que nous l’indique le programme de salle. Un exercice savamment orchestré qui ne rencontre qu’un obstacle dans son aboutissement : l’absence de sur-titrage qui ne permet pas au public de suivre davantage cette histoire « reconstituée » et passionnée. 

Il est vrai toutefois que l’interprétation des deux cantatrices permet de pallier à ce léger détail grâce à leur implication scénique qui traduit de manière extrêmement lisible les émotions des deux personnages incarnés. Nous passons ainsi de l’excitation amoureuse du duo « Caro, Cara, tu mi accendi nel moi core » de Faramondo à la fuite dans les coulisses en amoureux après « Scherzano sul tuo volto » de Rinaldo, avant que le retour plus morose de ces mêmes coulisses accompagné par la jalousie ne se fasse pour l’Ouverture du Concerto grosso opus 6/10 HWV 328. L’atmosphère change alors, plus grave et triste, avant que l’éclairage de fond de scène ne devienne bleu lors de la Sinfonia HWV 338 (Adagio) (qui suit « Care selve », extrait d’Atalante et interprété par Camilla Tilling). C’est alors au tour de Nathalie Stutzmann de chanter et de devenir Ariodante dans l’air et le récitatif « E vivo ancora » et « Scherza infida » qui suspendent le public à ses lèvres. Le duo « Io t’abbacio » de Rodelinda marque quant à lui le retour de la soprano sur scène, alors penaude, ainsi que le rapprochement des deux personnages et la fin de la première partie de cette soirée (composée en tout de onze airs et extraits).

Alcina et le célèbre « Ah mio cor » ouvrent la seconde partie, chantée par la soprano, tandis qu’un nouveau changement de lumières (passant au rouge de l’amour et de la passion après le bleu de la mélancolie) s’effectue à l’air suivant, extrait de Rodelinda, « Se fiera belva ha cinta ». Nathalie Stutzmann revient ensuite seule sur scène pour diriger la Sinfonia HWV 338 (celle fois-ci l’Allegro) puis le Concerto grosso opus 3/2 HWV313. Puis c'est au tour de Camilla Tilling de revenir, alors qua sa partenaire chante « Senti bel ido moi » de Silla. S’en suit un autre concerto avant que le duo entre Giulio et Cleopatra, « Caro, bella », ne vienne conclure cette belle histoire et cette soirée des plus appréciables.

La connivence entre les deux interprètes est palpable dès les premiers instants et offre à la fois de très beaux moments et un jeu extrêmement lisible, appuyé par les sorties et entrées énumérées plus haut. On s’amuse, comme par exemple lorsque Nathalie Stutzmann s'impatiente tandis que Camilla Tilling écoute la théorbe, et on se languit de cette histoire d’amour inventée à travers cette mosaïque de Haendel : les divers éléments forment un tout assez cohérent qui vit grâce aux artistes et passionne la salle, comme en témoigne l'exceptionnelle qualité d’écoute du public. Il n’est d’ailleurs pas le seul à avoir parfois besoin de quelques secondes pour passer du chant à la réalité : après « Scherza infida », Nathalie Stutzmann semble mettre un petit moment à revenir parmi nous. Le premier des deux bis (qui n’ont malheureusement pas été annoncés) est un autre moment fort intense de la soirée, tandis que le second permet de conclure sur une note musicale et festive, rendant également hommage à l’ensemble Orfeo 55 sans qui le récital n’aurait pas été le même. Toujours aussi excellent, il suit les indications (qui se résument parfois à une respiration) de la cheffe qui maîtrise totalement le double exercice de la direction et du chant. Les musiciens rendent ainsi compte des différentes atmosphères de la soirée et participent grandement à la compréhension de l’histoire contée par ces deux voix qui s’harmonisent parfaitement dans une écoute mutuelle.

Elodie Martinez
(Montpellier, 4 juin 2018)

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