Francesca Aspromonte et Giuseppina Bridelli à la MC2 : une soirée en or

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Jeudi dernier se tenait à la MC2 de Grenoble un concert réunissant l’ensemble Il Pomo d’Oro, la mezzo-soprano Giuseppina Bridelli et la soprano Francesca Aspromonte que nous avions eu le plaisir de rencontrer en octobre dernier. De belles retrouvailles puisque les deux chanteuses avaient déjà eu l’occasion de chanter ensemble lors de la formidable production de l’Orfeo créée à Nancy en 2016 puis reprise à Versailles, Bordeaux et Caen. Cette production avait d’ailleurs mis en lumière la jeune soprano italienne qui y brillait tout particulièrement, mais comment oublier le basculement dans la folie de l’Aristeo de la mezzo-soprano ?

Avec de tels noms, la soirée promettait un bel hommage à l’opéra italien, ce qui fut le cas, piochant dans la multitude des partitions peu connues du grand public un programme riche qui alternait extraits instrumentaux et chants superbement mis en valeur. Un véritable voyage au cœur de l’opéra italien et plus particulièrement du répertoire des XVIIe et XVIIIe siècles, de Francesco Cavalli à Nicola Porpora. Le tout suivant la thématique des couples mythiques avec les personnages d’Orphée et Euridice de Sartori, Falconieri ou Ziani, Giulia et Servilio de Cavalli et Rossi, Laurinda et Gelsindo de Giovanni Carlo Maria Clari et Castello et enfin Vénus et Adonis de Porpora, Albinoni et, « intrus » de la soirée parmi tous ces noms italiens, Haendel (avec « Caro, bella » extrait de Giulio Cesare).

Ainsi l’amour non partagé qu’exprimait Giuseppina Bridelli dans le rôle d’Aristeo (dans Orfeo) trouve finalement écho dans ce programme tout en amour et ces déclarations, tantôt enflammées, tantôt déchirantes, puisque la mezzo-soprano joue le rôle des différents amants, habillée en pantalon et veste rouges. La voix est profonde, colorée, chaleureuse, d’une projection claire et suit une ligne de chant fort équilibrée. La prononciation est, comme celle de sa partenaire, éblouissante de netteté tandis que le vibrato est léger et parfaitement maîtrisé. Ainsi, tour à tour habitée par les différents rôles qu’elle interprète, elle offre une prestation multiple qui ravit le public, dans une grande complicité avec sa partenaire qui transparaît par les échanges de regards complices et de sourires.

Francesca Aspromonte emporte elle aussi l’engouement du public et laisse elle aussi entendre une palette de couleurs lumineuses qui, associées à celles de sa comparse, peignent des tableaux musicaux charmants, voire envoûtants. Dans une parfaite maîtrise de la projection de sa voix, elle laisse entendre des souffles, des pianissimi ou bien au contraire des emportements qui transportent l’auditoire et le conquièrent d’emblée. L’harmonie des deux voix, lorsqu’elles se mêlent, est également remarquable, tandis que la voix seule de la soprano semble parfois sortir de limbes dissimulées dans la salle, ou même d’un autre monde. Une voix que l'on pourrait aisément qualifier "d'angélique" par moments...

Toutefois, si l’opéra italien est à la base de ce programme et offre de belles pages vocales, la soirée alterne parties parlées et instrumentales dans lesquelles l’orchestre Il Pomo d’Oro excelle, malgré un petit accident de violon lors de la sonate d’Albinoni (avant-dernier exercice de la soirée, contraignant le chef et premier violon à échanger d’instrument avec son second violon pour le duo final et les rappels). Il est vrai qu’Il Pomo d’Oro est aujourd’hui une référence dans le monde musical et, bien qu’il se produise parfois seul, l'ensemble est régulièrement appelé à accompagner de prestigieux solistes, telles que Patrizia Ciofi ou Marie-Nicole Lemieux que nous avons entendue à Menton. Cette fois-ci dirigé par le premier violon Dmitry Sinkovsky (et non par Maxim Emelyanychev), les musiciens font montre d’une parfaite osmose, d’une énergie ou d’une douceur, d’une extrême agilité selon ce que demande la partition.

Ainsi, après le célèbre « Caro, bella » de Händel censé clôturer la soirée et interprété magistralement par l’ensemble des artistes, le public ne peut que réclamer un bis, qu’il obtient. Quelle belle surprise alors puisque Francesca Aspromonte et Giuseppina Bridelli lui offrent, sans appui de partition, un envoûtant « Pur ti miro, pur ti godo » (extrait de L'incoronazione di Poppea de Monteverdi). Le temps et les respirations se suspendent durant ce duo dans lequel les deux femmes se rapprochent petit à petit, se regardent intensément, jouent parfaitement leur rôle au point qu’on voit poindre un baiser… qui ne vient finalement pas, tandis que la complicité liant les deux cantatrices réapparait sous la forme d'un rire silencieux lors des dernières notes.

Une très belle soirée au programme riche qui permit de (re)découvrir des airs trop peu donnés ainsi que quelques-uns des plus connus de l’opéra italien de cette époque. Seul bémol, celui de l’acoustique de la salle qui ne rendait pas ici justice à la grande qualité vocale que nous ont offert Francesca Aspromonte et Giuseppina Bridelli à cause d’une impression de résonnance.

Elodie Martinez

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