Don Giovanni ouvre la saison de l’Opéra national de Lorraine

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L’Opéra national de Lorraine ouvre actuellement sa saison avec Don Giovanni, mis en scène par Jean-François Sivadier. La production créée à Aix-en-Provence cet été voit ici sa distribution presque entièrement retravaillée : à l’exception de Nahuel du Pierro et de David Leigh, l’ensemble des interprètes de la distribution nancéenne n’était pas présent au festival.

Nous ne reviendrons pas sur la mise en scène dont nous avons déjà parlée en juillet (lire notre chronique). Toutefois, il faut relever que le changement de plateau est ici des plus positifs : la scène plus réduite permet de ne plus se perdre dans les saynètes données en coulisses qui, finalement, donnaient trop à voir et perdaient le regard. Dans cette salle aux dimensions plus restreintes, les détails de la mise en scène de Jean-François Sivadier ressortent davantage et sont ainsi mieux mis en valeur, ainsi que les lumières et ampoules de Philippe Berthomé qui, en salle fermée, ressortent naturellement mieux.


Nahuel di Pierro (Leporello) et Andrè Schuen (Don Giovanni) ; © Opéra
national de Lorraine

Côté plateau, si la comparaison entre les deux productions est tentante, nous nous efforcerons de ne pas plonger dedans, une production ne devant pas exister « par rapport à » une autre. Nous ne comparerons donc pas les prestations très différentes de Philippe Sly et d’Andrè Schuen, le Don Giovanni dans cette reprise. Annoncé souffrant en ce soir de Première, il maîtrise pourtant la partition de la première à la dernière note, ne sacrifiant ni la nuance ni l’intonation ni la projection. Vocalement, c’est donc un Don Giovanni solide. Malheureusement, l’incarnation scénique ne nous convainc pas en début de soirée : il manque à Don Giovanni son aura séductrice et une présence qui happe. Toutefois, qui dit Première dit souvent stress plus important, notamment lorsque l’artiste est malade et peut-être que cela explique cette impression que nous avons eue et qui a fini par s’estomper en fin de soirée pour aboutir à une scène du festin où Don Giovanni est véritablement présent. Nahuel di Pierro, lui aussi annoncé souffrant, reprend le rôle de Leporello, plus trublion que jamais sans pour autant être dans l’excès, sorte de porte nous permettant d’atteindre Don Giovanni. Drôle à souhait, dans son personnage dès le début, il parvient à tenir la partition jusqu’au bout même si la voix est légèrement moins projetée qu’à son habitude du fait de son coup de froid. Le personnage parvient malgré cela à ne pas en pâtir et l’énergie reste présente jusqu’à la dernière seconde.

David Leigh, deuxième nom qui était déjà présent à Aix, est un Commandeur à la voix puissante et intense sortant de profondeurs abyssales, apportant présence et prestance à ce rôle. Julien Behr est pour sa part Don Ottavio mais laisse partagé : son premier air, « Dalla sua pace », dérange quelque peu les oreilles, notamment dans les aigus, et frôle parfois les limites de la justesse. Heureusement, il se reprend ensuite et offre un « Del mio tesoro intanto » bien plus juste et tenu. Enfin, dernier homme de la soirée, Levente Páll est pour sa part un Masetto convaincant, tant scéniquement que vocalement.


Don Giovanni, Opéra de nancy ; © Opéra national de Lorraine

Du côté des femmes, Kiandra Howarth incarne une fort belle Donna Anna dont la détresse étreint dès la découverte de la mort de son père, jouant avec aisance de sa voix pour interpréter magistralement sa partition. La Donna Elvira de Yolanda Auyanet convainc moins pour sa part, notamment par ses aigus quelque peu métalliques et stridents ainsi que par un manque de nuances. Enfin, Francesca Aspromonte donne à voir et à entendre une Zerlina légère, malicieuse, solide et naturelle. Une véritable bulle de fraîcheur qu’on ne peut qu’apprécier, d’autant plus que le chant sert à merveille cette interprétation, à la fois fluide, puissante, posée et servie par une prononciation exemplaire.

Enfin, Rani Calderon est à la tête de l’Orchestre symphonique et lyrique de Nancy qu’il dirige de main de maître mais qui, parfois, manque peut-être d’envolées plus marquées, d’un relief encore plus présent.

Une reprise fort réussie qui mérite le déplacement. A voir à Nancy jusqu’au 10 octobre.

Elodie Martinez

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