Chronique d’album : Christa Ludwig en coffret chez Warner Classics

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A l’occasion du 90ème anniversaire de la mezzo-soprano Christa Ludwig, Warner Classics a sorti le mois dernier un coffret de onze albums réunissant l’ensemble de ses enregistrements de récitals dans la maison de disque, y compris certains inédits et premières publications au disque.

Née le 16 mars 1928 à Berlin, Christa Ludwig (de son nom complet Meta Christa Ludwig) a marqué l’art lyrique en s’illustrant depuis la fin des années 1940 jusqu'au début des années 1990, aussi bien dans l'opéra que dans l’oratorio ou les lieder. Elle débuta débuts à l'âge de 18 ans dans le rôle du prince Orlovsky dans La Chauve-Souris en 1946 sur la scène de l'opéra de Francfort-sur-le-Main avant de travailler à l'opéra de Darmstadt, puis au Staatsoper de Hanovre avant d’intégrer la troupe de l'opéra de Vienne où elle fut nommée Kammersängerin en 1962.

En 1954, elle se produisit pour la première fois au festival de Salzbourg, sous la direction de Karl Böhm, dans le rôle de Chérubin, rôle qui marquera également ses débuts au Metropolitan en 1959, mais c’est dans un tout autre registre qu’elle entra au festival de Bayreuth en 1966 puisqu’elle interpréta Brangäne dans Tristan et Isolde. Grâce à la souplesse étonnante de sa voix, le répertoire de Christa Ludwig connaît également une brève incursion dans le registre de soprano dramatique avec des rôles tels Leonore dans Fidelio de Beethoven, Lady Macbeth dans le Macbeth de Verdi, Ariadne dans Ariadne auf Naxos ou encore la Teinturière de La Femme sans ombre de Richard Strauss. Toutefois, si certaines de ses interprétations scéniques restent encore des références aujourd’hui, Christa Ludwig s’est aussi particulièrement distinguée dans l’art du Lied, et c’est ce dernier qui est mis à l’honneur dans ce coffret de Warner Classics.

Réparti en onze CDs, chacun dans une pochette cartonnée reproduisant la jaquette de l’album, ce coffret anniversaire est élégant et prend peu de place, se glissant ainsi dans n’importe quelle CDthèque ! Accompagné par un livret de 35 pages relatant en anglais, en allemand et en français (dans la prose parfois quelque peu alambiquée d’André Tubeuf) un bref rappel de cette riche carrière ainsi qu’une courte interview menée par Thomas Voigt dans laquelle la cantatrice nous offre un beau regard sur sa carrière et la musique.

Quant aux onze albums qui forment ce tout magistral, il est complexe d'y revenir en détail : ce ne sont pas moins de 164 extraits, airs ou lieder qui se trouvent réunis ici, alliant Schubert, Brahms, Wolf, Strauss, Mahler, Schumann, Ravel, Saint-Saëns, Rachmaninov ou encore Wagner pour ne citer qu’eux, tous magnifiés par cette voix unique dont nous suivons ainsi l’évolution au fil des disques et des années dans un son remasterisé à partir des enregistrements originels. Nous apprécions ainsi la ligne de chant parfaite, le timbre à l’aise dans l’aigu, les graves et les mediums, mêlant clarté et velours, maîtrise de l’intensité dramatique autant que de la puissance vocale. Certains airs réservent de beaux moments d’émotions, comme par exemple « Es blaut die Nacht » extrait et traduit de Giulio Cesare de Handel dans le cinquième album. La traduction en allemand peut parfois surprendre pour les airs les plus connus, comme « Che faro senza Euridice » de Glück qui devient « Ach, ich habe sie verloren », mais la beauté de la voix nous emporte au-delà de la surprise. Toutefois, l’exception se fait dans le sixième disque où l’on a le plaisir d’entendre trois chansons madécasses de Ravel et Une flûte invisible de Camille Saint-Saëns en français, ainsi que deux airs en russe de Rachmaninov, « Ne poy, krasavitsa, pri mne » et « Uzh ty, niva moya ». Glissé au milieu de tous ces trésors de l’art lyrique se trouve également un cadeau de Noël bien avant l’heure : le chant traditionnel « Stille Nacht, heilige Nacht ».

Enfin, si Gerald Moore et Geoffrey Parsons sont les deux principaux pianistes accompagnant la cantatrice dans ces enregistrements, notons la présence de Leonard Bernstein qui l’accompagne au piano au huitième album ainsi que celles de Walter Berry et Fritz Wunderlich qui chantent à ses côtés aux cinquième et onzième disques.

Elodie Martinez

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