Chronique d'album : "Ariettes à l'ancienne" de Melody Louledjian

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Après son premier disque lyrique, Fleurs, paru il y a un petit peu plus d’un an, la soprano Melody Louledjian revient cette année avec un nouvel enregistrement chez Klarthe, intitulé Ariettes à l’ancienne. Accompagnée par Giulio Zappa, la jeune cantatrice y reprend des mélodies de Rossini, toutes sur des textes français et pour la plupart assez méconnues. Avec ce nouveau disque, la cantatrice nous offre « quinze petits bijoux », qui sont « tels quinze miniatures ornant le salon d’un vieil homme, minuscules mais pleinement chargées de sens, de souvenirs et d’émotions. Tantôt intimes ou vulnérables (…), tantôt exotiques ou ensoleillés (…), tantôt provocateurs ou exubérants (…), ces Péchés de Vieillesse (…) nous emmènent avec éclat, ombres et lumière, aux confins des terres rossiniennes ».

« La découverte de l’existence de toutes ces Romances en français fut une merveilleuses surprise », confie Melody Louledjian dans les premières lignes qu’elle signe du livret – par ailleurs instructif et très intéressant à lire. Une présentation qui met l’accent sur les intérêts du programme : le fait que ces œuvres demeurent rares, bien sûr, mais aussi qu’elles « donnent accès à d’autres facettes du compositeurs », ou encore les intérêts expressifs et vocaux avec la recherche des « mêmes rondeur et homogénéité d’émission vocale dans le français que dans l’italien, langue de prédilection du Belcanto ». Une recherche au résultat plus que concluant !

L’origine de cet enregistrement remonte finalement à dix ans, lorsque Melody Louledjian et Giulio Zappa se rencontrent au Grand Théâtre de Bordeaux, lors d'une production d’un opéra de Rossini, et qu’un coup de foudre amical et musical les unit immédiatement. Après s’être retrouvés régulièrement à la ville comme à la scène, ils décident pour leur première collaboration discographique d’opter pour « un programme incarnant l'histoire de leur rencontre, celle de deux cultures linguistiques, stylistiques et musicales : les Romances pour voix et piano de Rossini sur des poèmes en français ». La première de ces pépites rossiniennes, Ariette à l’ancienne, donne ainsi son nom à l’ensemble du disque après un rapide passage au pluriel. Cette première écoute est par ailleurs étroitement liée à la seconde, puisque le texte de Rousseau demeure le même entre l’Ariette à l’ancienne et l’Ariette villageoise, tandis que l’oreille reconnaît dans La légende de Marguerite le motif de « Una volta, c’era un re » (extrait de La Cenerentola), ce qui offre naturellement un très beau moment d’écoute.

L’Orpheline du Tyrol qui suit se distingue également car elle laisse entendre une introduction au piano assez développée, permettant d’apprécier la douceur du doigté de Giulio Zappa, mais aussi l’exercice vocal auquel se prête Melody Louledjian, avec ces vocalises particulières. D’autres mélodies laissent également entendre une introduction qui laisse place au talent du pianiste, comme La Grande Coquette (Ariette Pompadour), où le piano accompagne tout en suivant parfois sa propre ligne le chant qui résonne un peu comme un air d’opéra. Quant aux deux derniers titres, Le Dodo des enfants et La Chanson du bébé, ils sonnent comme un appel à l’enfance. Qu’on ne s’y trompe pas cependant : la partition musicale du Dodo des enfants n’est qu’un masque pour cacher la tragédie de la berceuse de cette mère qui espère que son fils survivra à cette nuit et se réveillera bien le lendemain. La Chanson du bébé, pour sa part, s’avère plus léger pour clore l’écoute… du moins en surface, car on peut se demander si ce bébé n’est pas Rossini lui-même, entre vocabulaire régressif et référence à Barbe-Bleue, Hortense Schneider et Emma Thérésa Valadon.

Les découvertes se succèdent donc, entre amour, nostalgie, mini-tragédies (Au Chevet d’un mourant ou Adieux à la vie (Elégie sur une seule note)), ténèbres ou lumière, vie et mort. Quel que soit le chemin emprunté par le texte et la musique, Melody Louledjian offre un chant parfaitement maîtrisé, délicat, subtil, s’apprêtant à chaque texte d’une couleur unique qui lui sied au mieux. Bien que caméléon, sa voix demeure unie et conserve une identité toujours propre à l’artiste, complétée par celle de Giulio Zappa qui rend parfaitement les intentions du compositeur au piano.

Ce second disque s’avère donc une nouvelle réussite, un nouveau bouquet qui vient s’ajouter à la promenade florale déjà proposée avec Fleurs, plein de surprises et d’un intérêt certain. Une jolie découverte qui, espérons-le, ouvrira la voix à ce champs/chant des possibles rossiniens ouvert par Melody Louledjian et Giulio Zappa.

Elodie Martinez

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