Chronique d'album : "Fleurs", de Melody Louledjian

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La soprano Melody Louledjian a sorti dernièrement son premier disque lyrique intitulé Fleurs chez Aparté, accompagnée au piano par Antoine Palloc. Un vrai bouquet qui se cueille avec plaisir, et insuffle un air de printemps au coeur de l’actuel hiver…

Dès les premières secondes, on est frappé par l’excellence de la diction de Melody Louledjian, qui s'attache manifestement à mettre les textes à l’honneur, dont les superbes Chantefleurs de Robert Desnos mis en musique par Jean Wiéner, qui occupent les 50 premières pistes du disques. Ces chants, extrêmement courts pour la plupart puisque durant moins d’une minute ou à peine plus, offrent à l’oreille de quoi se réjouir par un caractère multiple d’adresse du mot. Tantôt pétillants, tantôt purement poétiques, tantôt joueurs ou encore ludiques, les mots du poète sont un trésor composé de cinquante boutons de fleurs sur lesquels se greffent des pétales colorés, parfois doux, parfois fragiles, parfois piquants.

Cette superbe brassée de fleurs est enrobée d'un second bouquet, plus petit, celui du Catalogue de fleurs de Darius Milhaud, sur les poèmes de Lucien Daudet. Le ton est ici différent, moins joueur, et nous conduit sur un autre chemin dans ce jardin enchanteur, avant d'aligner quatre ultimes compositions (florales) dans cette ballade parfumée. D'abord Les Fleurs d’Erik Satie, sur un poème de Patrice Contamine de Latour, petite parenthèse de jeunesse rêveuse. Suit la Nature morte d’Arthur Honegger, dont le poème de Fritz Vandepyl dépeint, comme son nom l’indique, une nature morte au centre de laquelle trône une fleur mauve, sans nom, et pourtant reine située en plein cœur du texte. Les Deux Ancolies de Lili Boulanger (texte de Francis Jammes) et leurs cœurs bleus se dessinent alors dans un virage, nous laissant nous interroger sur leur nature et le lien qui les unit, avant que l’Âme des roses de René de Bruxeuil ne vienne exhaler son beau parfum à nos oreilles en fin de parcours. Le texte de Suzanne Quentin, plus long que les précédents, est d’une belle image, créant un lien entre roses et femmes, nous ramenant du végétal au vivant de chair et d’os, comme un retour à la réalité après cette promenade s’ouvrant « Dans un jardin en Angleterre » selon les premiers mots du disque.

Outre l’excellence remarquable de la prononciation, il faut également saluer l’interprétation de Melody Louledjian qui offre une palette d’énergies et de tons différents selon le texte chanté. Elle laisse ainsi entendre une voix lyrique et envolée pour « Le Géranium » ; puis douce et claire comme la rosée matinale pour « La Rose » ; un peu chanteuse parisienne pour « La Pivoine » ; joueuse et appuyée pour « Le Bégonia », etc. On entend même, par-ci, par-là, quelques accents légèrement jazzy quand cela s’y prête. Quel que soit le chant, il est ici assumé et maîtrisé, y compris pour le langoureux « Renoncule » et ses rimes osées. La dimension ludique est pleinement présente ici, tant musicalement avec des pages qui ont parfois un air de comptine, mais aussi dans l’interprétation de la soprano qui offre au « Mimosa » un air de Brigitte Bardot qui nous transporte sur la plage de St-Tropez. Quant au « Coquelicot », il se transforme sans peine en amusant « cocorico », mais la chanteuse parvient, s’il le faut, à faire entendre plus subtilement jeux de mots et images, servant ainsi merveilleusement la musique mais aussi le texte, cœur battant de ces pages musicales. La poésie n’est jamais oubliée, et l’on suit ainsi Melody Louledjian avec un réel plaisir dans ce jardin aux mille fleurs, où les senteurs s’exhalent et surprennent à chaque piste, pour finir sur un champ de roses sublimement porté et mis en avant par la voix de la chanteuse.

Enfin, citons le livret qui accompagne le disque, signé par Alain Duault, qui offre un guide dans les méandres des nombreux airs, rappelant leur histoire et leur contexte, tandis que les pages suivantes permettent d'apprécier pleinement les textes, en français et dans une traduction anglaise.

Voici donc un disque qui se cueille et se recueille, dont le parfum multiple, délicat ou corsé, se hume et se délecte au gré d'une promenade ou du bouquet que l’on compose soi-même, et dont le reflet de certains pétales a quelque chose d’hypnotisant ou de piquant. A n'en pas douter, ces Fleurs sont ici bel et bien (en)chantées par Melody Louledjian, pour notre plus grand plaisir !

Elodie Martinez

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