Sandrine Piau à Metz, une musicalité au service de l'émotion

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Initialement prévu le 27 mars, ce récital Vivaldi de Sandrine Piau à l’Arsenal est une des bonnes nouvelles de la rentrée musicale. Quatre airs seulement sont au programme, ce qui laisse une large part au Concert de la Loge dirigé du violon par Julien Chauvin, en résidence à l’Arsenal. Comme il le fait souvent, ce dernier choisit de démembrer les œuvres qu’il joue - deux mouvements de concerto par ci, un mouvement par là - sans que la nécessité artistique s’en fasse sentir, mais ce n’est pas le plus grave : le manque de couleurs et de variété, l’expressivité absente surprennent dans un répertoire si gratifiant, et même comme soliste Julien Chauvin se montre bien peu inspiré, comme s’il s’agissait de marquer la virtuosité plus que de rendre justice aux œuvres qu’il interprète. On attend donc à chaque fois avec impatience le retour de Sandrine Piau sur la scène de l’Arsenal.

Les quatre airs du programme officiel constituent un large panorama d’émotions qui mettent en avant non seulement la virtuosité de Sandrine Piau, mais encore son talent unique pour varier les émotions. Depuis le disque bien connu de Cecilia Bartoli il y a vingt ans, notre connaissance de l’œuvre lyrique de Vivaldi n’a fait que s’approfondir, par le récital et par le disque beaucoup plus que par la scène, et rien n’est inédit ici, mais Sandrine Piau est une voix qui compte, même si cette voix apparaît par moments un peu plus tendue qu’à l’accoutumée. Dans le premier air, l’accompagnement trop sommaire et peu attentif de Julien Chauvin n’est pas loin de mettre la chanteuse en difficulté ; le pastoral "Zeffiretti che sussurate" qui suit, avec ses pizzicati, évite ce défaut, et Sandrine Piau peut déployer son art des demi-teintes et des émotions subtiles. En fin de programme, l’air de Griselda "Agitata da due venti", dont la virtuosité a assuré le succès ces dernières années, est l’occasion pour la virtuose discrète mais efficace qu’elle est de montrer qu’elle n’a rien perdu de ses capacités pyrotechniques, mais c’est sans aucun doute l’autre air qu’elle tire du même opéra, "Vede orgogliosa l’onda", qui est le plus beau moment du concert : nombre sont les chanteurs et chanteuses qui ont voulu rivaliser avec l’art ébouriffant des castrats, rares sont celles et ceux qui parviennent à ce niveau d’émotion dans l’élégie et la simple expression de la douleur, où la moindre vocalise devient bouleversante.

Il est fort heureux que ce mince programme officiel ait été ensuite enrichi par trois bis, rien de moins : là encore, Sandrine Piau choisit des airs qui mettent en valeur l’art de l’interprète plus que la performance athlétique. Chez Haendel comme chez Vivaldi, Sandrine Piau n’est pas seulement une experte de la musique baroque, mais une des plus grandes musiciennes de notre temps.

Dominique Adrian
Metz, Arsenal, 20 septembre 2020

Sandrine Piau, soprano ; Le Concert de la Loge ; Julien Chauvin, violon et direction.

Antonio Vivaldi : airs d’opéra extraits de L’Atenaide (Della rubella), Ercole sul Termodonte (Zeffiretti che sussurrate), La Griselda (Vede orgogliosa l’onda, Agitata da due venti) ; extraits de concertos et œuvres instrumentales.

Bis : Haendel, Il Trionfo del Tempo e del disinganno, airs O tu del ciel et Lascia la spina ; Vivaldi, Tito Manlio, air Sonno, se pur sei.

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