Hélène et les garçons

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Ça pour être belle, elle est belle cette Hélène ! Incontestablement, la mezzo-soprano Gaëlle Arquez est l’atout charme de cette production qui vient clore la saison du Théâtre du Châtelet. Parfaitement à l’aise sur le plan vocal, la chanteuse – qui partage les qualités physiques de son personnage – gratifie la reine de Sparte d’un grain de voix chaud et velouté. Flanquée d’un Pâris (Merto Sungu*) en délicatesse avec la justesse et un peu empêtré avec la langue française, la jeune femme domine ce plateau très masculin de sa présence lumineuse. Et les éventuelles petites faiblesses à noter coté jeu, sont largement compensées par le reste de la distribution ;  entrainée par un truculent Gilles Ragon (Ménélas) et un Jean-Philippe Lafont en très grande forme. Les voix sont belles, et tous les rôles secondaires masculins révèlent un talent irrésistible pour la comédie.  

Un talent d’autant plus remarquable que le procédé d’incrustations vidéo conçu par Pierrick Sorin et Giorgio Barberio Soretti – le même utilisé en ces mêmes lieux l’an passé dans La Pietra del Paragone – n’aide pas vraiment à créer une complicité avec le public. Contraints à jouer pour une caméra située en avant-scène qui projette leurs visages en gros plans sur un décor filmé, les interprètes voient leurs gestes et leur fantaisie limités par l’imposant cadre technique. Utile pour quelques gags visuels (qui tombent souvent à plat), la technique s’essouffle rapidement et une fois la curiosité passée, le manque d’imagination du duo de metteurs en scène devient flagrant.

Difficile de ne pas faire la comparaison avec la brillante mise en scène de Laurent Pelly qui avait tant séduit lors de sa création dans ces murs il y a déjà quinze ans (on frise d’ailleurs ici le plagiat au début du IIIe acte lorsque les Spartiates sortent chaises longues et jeux de plage pour s’adonner à leur « immense bacchanale ») !

Une comparaison qu’on ne peut s’empêcher également d’établir du côté de la fosse, puisqu’après la baguette enlevée de Mark Minkowski (à l’œuvre lors de cette précédente production), c’est d’une direction plutôt lourde du jeune chef Lorenzo Viotti qu’est affligée la musique si raffinée d’Offenbach ; sans compter les nombreux décalages avec le plateau – la faute peut être à l’omniprésente caméra qui interdit aux chanteurs de suivre des yeux la battue…

Restent heureusement quelques moments d’amusants anachronismes et un duo des plus sensuels entre Pâris et Hélène au IIe acte (« C’est le ciel qui m’envoie… ») ; mais on ne rit pas et ça, c’est un vrai crime de lèse-Offenbach !

Albina Belabiod

La Belle Hélène de J.Offenbach, jusqu’au 23 juin au Théâtre du Châtelet à Paris.

*en alternance avec Jesus Leon.

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