Un Falstaff classique à l'Opéra de Paris

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Le dernier opéra de Verdi demeure prisé des mélomanes tant il éblouit par sa musique virevoltante, même si elle ne correspond pas à l’idée du mélodrame romantique qu’on associe habituellement à Verdi. En fait, Falstaff est plutôt une variation classique sur plusieurs thèmes entrecroisés au cœur desquels la solitude d’un vieil homme disgracié met une touche de mélancolie.


© Sébastien Mathé / OnP


© Sébastien Mathé / OnP

La mise en scène de Dominique Pitoiset, vieille de près de vingt ans, n’est certes pas de celles qui excitent les passions : c’est du travail de bon artisan qui sait occuper l’espace, trouver des rythmes de jeu qui décalquent la musique, figurer sans rien qui dérange le récit très vivace mis en musique par Verdi. On aimerait sans doute que la psychologie des personnages, assez stéréotypée, soit plus fouillée, que la dimension douce-amère trouve sa place à côté de la farce, que la mélancolie vienne ourler et ombrer le ping-pong vocal… Il faut se contenter de cette vision convenue, dont la seule « originalité » est de situer l’action à l’époque de sa création, en 1893.

Mais on comprend que Stéphane Lissner, fidèle à sa politique des reprises luxueuses, a reprogrammé ce Falstaff pour offrir aux parisiens le bonheur d’y entendre le formidable Bryn Terfel, assurément le meilleur interprète du rôle aujourd’hui. Et l’on n’est pas déçu : avec cette voix à la fois colorée, puissante, aux flexions variées, et avec cette composition très extravertie du personnage, le grand baryton gallois met la salle à ses pieds.
Le reste de la distribution est fort bien tenu, avec l’inattendue et délicieuse Alice d’Aleksandra Kurzak, soprano fruité et jeu tout en finesse, la savoureuse Meg de Julie Pastouraud ou l’étonnant Caïus de Graham Clark sans oublier l’impayable couple Bardolfo et Pistola de Rodolphe Briand et Thomas Dear, ou le Ford puissant et affirmé de Franco Vassallo. Un bémol pour le Fenton un peu étriqué de Francesco Demuro ou la Quickly hors sujet de Varduhi Abrahamyan, dépassée par le rôle et sans truculence. Mais c’est la prise de rôle en Nanetta de l’exquise Julie Fuchs qui fait rayonner un brin de poésie sur ce Falstaff qui en manque trop souvent : son air de la reine des fées est comme un voile de gaze vocale qui flotte dans l’air d’un parc de Windsor qui colle un peu trop aux semelles. La direction de Fabio Luisi, millimétrée, pétillante, est toute en dynamique, guère en poésie elle non plus.

C’est un peu le problème de ce spectacle : on en sort ravi, porté par la vivacité d’une musique bien servie, emballé par la performance d’un acteur-chanteur exceptionnel, Bryn Terfel, ému par la subtilité d’une Nanetta vélivole, Julie Fuchs – mais l’on n’a pas décollé !

Alain Duault

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