Rigoletto au Théâtre du Capitole : Ludovic Tézier, le retour

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Il y a bien des raisons qui donnaient envie de courir à l’Opéra de Toulouse pour voir et entendre Rigoletto de Verdi : la beauté de l’œuvre d’abord, une des plus accomplies de Verdi, le plaisir aussi de revoir la mise en scène de Nicolas Joël, qui date de 1992 et représente un exemple de ce qu’on pouvait faire il y a vingt-trois ans dans une perspective théâtrale dont la fidélité au livret était la référence première, portée par le beau classicisme des décors et des costumes de Carlo Tommasi. De ce point de vue, ce spectacle possède une vertu patrimoniale – même si, sans doute, Nicolas Joël montrerait aujourd’hui plus d’ambition dans la direction d’acteurs.

Mais c’est la distribution de cette reprise qui suscitait l’intérêt, avec le duc du ténor albanais Saimir Pirgu, beau timbre mais qui demande à s’accomplir dans une intelligence du personnage encore un peu transie, avec la Gilda de la géorgienne Nino Machaidze, belle personnalité assurément, voix riche de soprano lirico spinto à la projection très affirmée – mais pas vraiment une Gilda, parce que sans rien de la fragilité qu’on attend du personnage de cette jeune fille séduite, et dont la tendance à chanter en permanence forte fait craindre un manque de maitrise de l’émission vocale (ou un manque de compréhension de la personnalité psychologique du rôle), avec un ensemble de seconds rôles très homogène, chacun parfaitement tenu, avec même le luxe d’une Marie Karall dans le rôle bref de la Comtesse Ceprano qui parvient en deux phrases à montrer un timbre de mezzo profond et une vraie personnalité scénique qu’on a envie de réécouter.

Pourtant, le véritable événement de ce Rigoletto était le retour dans le rôle-titre de Ludovic Tézier. On sait que notre grand baryton français avait été tenu éloigné des scènes depuis un certain temps par quelques soucis de santé et l’on était impatient de le réentendre. On n’a pas été déçu : après ces quelques mois de repos forcé, la voix de Ludovic Tézier s’impose à nouveau avec tout à la fois un mordant, une projection, une ardeur fauve mais aussi une intelligence du personnage proprement saisissante.
Dès le « Pari siamo », on sait que la voix est là, pleine, riche de couleurs et d’harmoniques, admirablement projetée sans jamais être poussée, mais le fameux « Cortigiani » du deuxième acte offre plus encore, la violence brûlante de l’invective aux courtisans suivie de la plainte déchirante de ce père auquel on vient de voler sa fille, avec cette bouleversante morbidezza dans la voix quand le malheureux « craque » et s’adresse à Marullo pour mendier un peu de pitié. Le duo de la vengeance, « Si vendetta », porté par l’implacable énergie rythmique du maestro Daniel Oren, achève de faire de ce deuxième le sommet de la soirée et de couronner un peu plus tard la performance de Ludovic Tézier : l’immensité des moyens, l’intelligence de leur utilisation en fonction d’une incarnation toute en profondeur du personnage, la simplicité sans affèterie du dessin vocal et la conduite fermement tenue de la ligne, tout justifie l’embrasement du théâtre à la fin de la représentation ! Plus de 13 minutes d’ovation d’une salle en extase, c’est rare, c’est même exceptionnel ! Ludovic Tézier est de retour, Verdi peut être rassuré et nous, nous savons que de nombreux bonheurs nous attendent à nouveau !

Alain Duault

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