Nabucco aux Arènes de Vérone

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Nabucco à Vérone, c’est un classique, c’est une tradition – mais, comme toute tradition, c’est fragile ! La mésaventure de la piteuse Aïda revisitée par les trublions de la Fura dels Baus il y a deux ans a calmé les ardeurs modernistes des dirigeants des Arènes !...
C’est donc une production tout ce qu’il y a de plus classique du célèbre opéra de Verdi qui a fait cet été le bonheur des festivaliers véronais grâce à une mise en scène du vétéran Gianfranco de Bosio, 90 ans, dans des décors à la fois stylisés et élégants de Rinaldo Olivieri. Aucune surprise mais une réelle maitrise du lieu : indispensables mouvements de foule s’élevant jusqu’au plus haut des gradins, torches levées dans la nuit, couleurs fondues des costumes avec ces amples houppelandes légèrement flottantes qui semblent danser à l’unisson, tout était parfaitement élégant, lisible et agréable à l’œil. C’est ce qu’on attend d’un spectacle à Vérone où l’on ne vient pas pour une réflexion dramaturgique sur une œuvre.

En revanche, on vient à Vérone pour le plaisir des voix. Et l’on a été bien servi avec en premier lieu le magnifique Vitalij Kowaljow, qui a chanté le rôle du Grand Prêtre Zaccaria comme on aimerait l’entendre plus souvent : à 46 ans, cette jeune basse russe, ancien lauréat du Concours Operalia de Placido Domingo, s’est fait un nom sur les plus grandes scènes internationales et il a montré là encore non seulement un timbre profond, riche en harmoniques cuivrées, mais aussi un chant ardent, tout à fait propre à mettre en valeur ce rôle flamboyant. Face à lui le Nabucco du slovaque Dalibor Jenis ne déméritait pas : on l’a entendu en Figaro la saison dernière à l’Opéra de Paris et on sait que la voix est saine, parfaitement projetée, l’instinct théâtral sûr, toutes qualités qui ont marqué ici son Nabucco, en faisant plus un homme déchiré de l’intérieur qu’un fou secoué de spasmes, accentuant ainsi l’émotion du personnage. L’Abigaille de l’italienne Susanna Branchini, moins subtile et comme un peu entravée au premier acte, s’est ensuite libérée, trouvant des couleurs fauves pour crier sa fureur au deuxième acte et sachant, à la fin, mourir en vraie musicienne. Si le rôle demeure problématique pour tous les sopranos (comme celui de Lady Macbethh… que Susanna Branchini a incarné la saison dernière au Théâtre des Champs-Elysées), il offre pourtant une caractérisation dramatique réelle que la jeune soprano romaine a su mettre crânement en valeur.
On sera plus réservé sur les seconds rôles, de l’Ismaele du ténor Alessandro Fantoni, à la voix faiblement projetée, parfois un rien engorgée, sans vraie séduction en dépit d’un joli timbre, à la Fenena de la mezzo géorgienne Nino Surguladze, au vibrato trop large en dépit, elle aussi, d’une belle couleur vocale. Les chœurs, eux, étaient comme toujours à Vérone, absolument parfaits – et, dans Nabucco, ils ont beaucoup à faire, et pas seulement avec le célèbre Va pensiero du troisième acte, chanté dans la retenue, l’émotion, la poésie, une lumière caravagesque les enveloppant, chœur que, bien sûr, ils ont bissé. L’Orchestre des Arènes était, lui, correctement tenu par Julian Kovatchev, un jeune chef russe, un peu raide parfois, mais qui a su donner de belles couleurs à cette œuvre dont on se dit que, à Vérone, elle « roule toute seule » – mais ce serait oublier la somme de travail que nécessite une telle représentation qui a recueilli à minuit des bravi interminables et mérités. Viva Verdi !

par Alain Duault

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