La Veuve joyeuse de Lehar, à l’Opéra Garnier (mars 2012)

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La musique viennoise possède un charme inimitable dont Johann  Strauss et Franz Lehar sont les meilleurs représentants – les Viennois ont un mot pour cela, quasi intraduisible, la Gemütlichkeit, mélange de douceur sucrée, de nostalgie, de langueur – et cette Veuve joyeuse séduit d’emblée par sa musique entêtante, ambrée, « opiumisée », que l’Orchestre de l’Opéra de Paris, décidément toujours à son meilleur, déploie précisément avec ce charme très gemütlich. D’autant que le chef, Asher Fisch, ancien assistant de Daniel Barenboïm, met la gomme pour donner toute sa puissance de séduction à cette musique – au risque d’exiger des chanteurs une projection vocale… difficile.

Car il faut en arriver au handicap de cette première : la grande Susan Graham, arrêtée par une trachéite, est remplacée par Christina Dietzsch-Carvin dans le rôle-titre. Son apparition enchante car cette jeune femme possède une plastique de rêve – mais on déchante… quand elle chante car de ce corps exquis jaillit une voix minuscule, vite avalé par l’orchestre, qui fait croire qu’elle mime plus qu’elle ne chante. Alors, bien sûr, on doit lui savoir gré d’avoir sauvé la soirée, de posséder une réelle présence en scène (encore que ce soit plus une présence de soubrette que de femme du monde) mais il est difficile d’apprécier une Veuve joyeuse… sans Veuve !
On dira le plus grand bien de tout le reste de la distribution, absolument épatante, avec en particulier la Valencienne d’Ana Maria Labin, le Camille de Daniel Behle et surtout le Danilo époustouflant de présence, de prestance, de feu et de voix du danois Bo Skovhus, virevoltant, charmeur, rageur, enchanteur.

La mise en scène de Jorge Lavelli dans les tristes décors d’Antonio Lagarto ne séduit pas plus qu’à sa création en 1997 et les costumes de Francesco Zito continuent d’hésiter entre la fripe province chic et le style Opéra de quat’sous. Seul, à la fin, le cancan mené par un Valentin-le-désossé irrésistible et des cancaneuses endiablées donne un peu de ce peps qui manque trop à ce spectacle.
Sans doute tout sera-t-il différent dès que Susan Graham pourra le chanter, tant la pièce repose beaucoup sur le couple Hanna/Danilo. Mais, en dépit de toutes les réserves, il demeure cette musique exquise qui nous grise...

Alain Duault

La Veuve Joyeuse à Opéra Garnier
du 29 février et jusqu'au 2 avril 2012

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