Ah la « Mère Supérieure » de Mam’zelle Nitouche au Théâtre Marigny !

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Nous avons déjà dit ici-même sous la plume d’Elodie Martinez combien cette Mam'zelle Nitouche, qui s’inscrit dans le travail de redécouverte du répertoire du XIXème siècle par le Palazzetto Bru-Zane, est une réussite. Sa venue à Paris, au Théâtre Marigny, permet d’en juger à nouveau tout le sel, et le poivre : un livret cousu main avec des dialogues aux petits oignons, des enchainements de situations loufoques, un rythme qui fouette cocher et entraine toute la pièce dans une foldinguerie haute en couleurs – un bonheur à savourer sans modération !


Mam'zelle Nitouche, Théâtre Marigny 2019

D’autant que la verve musicale du « compositeur toqué » (le surnom donné à Hervé !) est de la partie sous la direction de Christophe Grapperon, physique de Raspoutine mais baguette fine mouche, avec des accélérations de Ferrari. Il faut dire que la distribution est au diapason, avec l’exquise Nitouche de Lara Neumann, joli timbre rond, prononciation impeccable et musicalité aussi charmeuse que la personne, avec aussi des seconds rôles qui sont tous croqués d’un trait vif en même temps qu’ils sont croquants (le Célestin/Floridor de Damien Bigourdan, qui ressemble furieusement à Pascal Nègre !) ou craquant(e)s (la Lydie de Clémentine Bourgoin, la Tourière de Sandrine Sutter ou encore le Champlâtreux virevoltant de Samy Camps).

Mais c’est à un personnage hors norme qu’il faut rendre hommage à cette occasion, Olivier Py – qui réussit l’exploit d’être successivement (et quasi concomitamment) une Mère Supérieure onctueuse et excitée, prête à pas mal de « compromis » avec la règle du couvent, une diva sur le retour, Corinne, sorte de Castafiore d’opérette aux appas un peu flétris, et un militaire branquignol qui enfile le tutu sur l’uniforme et fait résonner sa voix de tête avec un abattage époustouflant ! Salut l’artiste ! Quand on sait qu’Olivier Py est aussi un metteur en scène d’opéra au talent recherché et au répertoire multiforme, de Tristan à Manon en passant par La Gioconda, un metteur en scène de théâtre, un dramaturge, un romancier, un chanteur de cabaret (sous le pseudonyme de Miss Knife), un comédien de théâtre et de cinéma, et même le directeur du festival d’Avignon, on se dit que ce diable d’homme est un extra-terrestre et on se demande s’il n’est pas une réincarnation de Faust qui aurait signé un pacte avec le fameux Méphisto pour pouvoir ne jamais s’arrêter de créer, d’écrire, de crier, de faire rire et chanter… Cette Mam’zelle Nitouche est un spectacle vraiment épatant mais Olivier Py en fait quelque chose de surréaliste qui vaut à soi seul le détour !

Alain Duault
Paris, 7 juin 2019

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