Redécouverte et création de Marina, premier opéra d’Umberto Giordano

Xl_marina-giordano © Marina, Umberto Giordano

Composé en 1888, l’opéra Marina d’Umberto Giordano n’avait été donné sur scène. La partition de l’ouvrage a été redécouverte, reconstituée, et fera finalement l’objet d’une création mondiale ce 12 février au Teatro Dal Verme de Milan.

D’Umberto Giordano, la mémoire lyrique retient principalement Andrea Chénier, et dans une moindre mesure Fedora, Siberia ou Madame Sans-Gêne qui connurent des succès notables en leur temps. Le compositeur originaire des Pouilles est l’auteur de plusieurs autres opéras, aux demi-succès divers, mais son premier ouvrage lyrique, Marina, a longtemps été totalement oublié – et n’a même jamais été donné sur scène du vivant du compositeur. La partition de l’ouvrage a été retrouvée, puis reconstituée, et l’opéra est sur le point d’être donné pour la première fois sur scène.

En 1888, alors qu’il n’a qu’une vingtaine d’années, le jeune Umberto Giordano est étudiant au Conservatoire de Naples qu’il a intégré contre l’avis de ses parents. Au même moment, l’éditeur Sonzogno organise un concours lyrique qui vise à faire émerger de jeunes compositeurs talentueux susceptibles d’intégrer son catalogue. Les candidats doivent soumettre une œuvre courte, en un acte, et Giordano tente sa chance avec son premier opéra. C’est Marina, opéra en un acte et deux tableaux sur fond de conflit serbo-monténégrin, articulé autour d’une héroïne au tempérament fort qui se dresse contre son frère et son prétendant, pour sauver celui qu’elle aime vraiment. Marina ne remportera pas le prestigieux concours Sonzogno (qui sacre Cavalleria rusticana de Mascagni), mais arrive sixième, parmi 73 partitions en lice. C’est suffisant pour qu’on remarque le jeune Umberto Giordano, et que l’éditeur lui commande sa prochaine œuvre Mala vita.

Une création plus d'un siècle après sa composition

Marina ne sera jamais donné sur scène et la partition restera perdue pendant plus d’un siècle. Le musicologue Andreas Gies la retrouvera néanmoins à la bibliothèque Beinecke de manuscrits et livres rares de l'université Yale, au sein de la collection Koch : la partition permet non seulement de retrouver la musique de l’opéra, mais aussi d’en reconstituer le livret original (également perdu), grâce au texte chanté et aux didascalies (la reconstitution est due à Emanuele d'Angelo). Sur la base de cette reconstitution de l’œuvre, Marina va finalement faire l’objet d’une création mondiale ces 12 et 14 février, en version de concert, au Teatro Dal Verme de Milan – lieu emblématique du vérisme, historiquement lié à l'éditeur Sonzogno. Le concert sera enregistré par Decca Classics, en vue d’une sortie prévue au cours de l'été 2026.

Cette création de Marina sera défendue par une distribution d’envergure, emmenée par Eleonora Buratto dans le rôle-titre de Marina, qui se dresse contre son frère Daniele (interprété par Nicolas Mogg) et son prétendant (le baryton Mihai Damian) pour le jeune Serbe Giorgio Lascari, sous les traits du ténor Freddie De Tommaso. Le chef Vincenzo Milletarì, amateur de redécouvertes du répertoire rare, assurera la direction musicale de la création à la tête de l'Orchestra I Pomeriggi Musicali. Il sera accompagné par le chœur de la Fondazione Teatro Petruzzelli de Bari, préparé par Marco Medved.

Avant les deux représentations – le 12 février à 18h45 et le 14 février à 15h45 au Teatro Dal Verme – le musicologue Raffaele Mellace présentera l'opéra au public, en présence de l'éditeur Andreas Gies.

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