« Le triomphe de l'éducation sur l'ignorance » : le Washington National Opera esquisse sa programmation de printemps

Xl_washington-national-opera © Washington National Opera

Face aux pressions artistiques, politiques et financières, l’Opéra National de Washington annonçait récemment quitter le Kennedy Center après plus de 50 ans de partenariat, pour s’installer dans une nouvelle salle. De nouveau indépendant, la compagnie d’opéra esquisse une première saison qui fait la part belle à l’éducation, la justice et la tolérance. 

Dans le cadre des célébrations de son 70e anniversaire, l’Opéra National de Washington esquisse sa programmation du printemps à venir. Selon Francesca Zambello, la directrice artistique de la compagnie américaine, cette saison s'articule autour de « trois œuvres américaines qui explorent des valeurs essentielles à la grandeur de notre pays » (les Etats-Unis) : Treemonisha qui « célèbre le triomphe de l'éducation sur l'ignorance » ; The Crucible, « une fable édifiante sur une foule se croyant juste qui assassine des femmes innocentes et déchire des familles » et enfin West Side Story, qualifié par Leonard Bernstein de « plaidoyer absolu pour la tolérance raciale ». La directrice artistique se dit « ravie que le public de la capitale américaine ait l'opportunité de découvrir ces œuvres riches et profondes » et « espère (ce)s productions pourront nourrir le dialogue et, peut-être, être sources de réconfort ».

Il faut dire que cette programmation printanière est annoncée dans un contexte un peu particulier. On le sait, l’Opéra National de Washington est historiquement affiliée au Kennedy Center : la compagnie américaine y donnait ses productions et y organisait ses répétitions depuis le début des années 1970, et y avait même installé officiellement ses bureaux administratifs depuis 2011. La synergie entre la compagnie d’art lyrique et la salle de spectacle de Washington était ancrée dans le paysage culturel américain depuis des décennies. C’était néanmoins sans compter la mainmise de l’administration Trump sur le Kennedy Center.

Pour mémoire, lors de son arrivée au pouvoir, Donald Trump avait indiqué son intention de réformer la programmation du Kennedy Center, jugée trop progressive. Le président américain y a nommé un nouveau directeur exécutif (Richard Grenell), s’est fait nommer à la tête du conseil d’administration de l’institution et a accolé son propre nom à celui de John F. Kennedy sur la façade du bâtiment. En moins d’un an, la programmation de la salle a été profondément remaniée, au prix d’une perte d’audience significative (de l’ordre de -40% selon les estimations de la presse américaine), d’un désengagement des mécènes historiques de la salle qui refusent dorénavant d’être associés à une institution ouvertement politisée et d’un désamour des artistes (qui tantôt refusent de se produire au « nouveau » Kennedy Center, tantôt n’y sont plus les bienvenues).

Du Kennedy Center au Lisner Auditorium

Dans ce contexte, dès novembre dernier, Francesca Zambello évoquait une baisse significative des recettes de l’Opéra National de Washington et envisageait à ce titre un départ de la compagnie du Kennedy Center, afin de regagner en indépendance – artistique, politique et financière. Le 9 janvier dernier, ce départ était officiellement acté. Francesca Zambello se disait alors « profondément attristée de ce départ » et « fière d’avoir été longtemps affilié à monument national de l’esprit humain » (sans jamais mentionner Richard Grenell ou Donald Trump), mais la compagnie entend dorénavant écrire un « nouveau chapitre » de son histoire, pour « les 70 ans à venir » .

La future programmation de la compagnie qui entend explorer les « valeurs essentielles à la grandeur » des Etats-Unis que sont l'éducation, la justice et la tolérance, prend manifestement ici des allures de message, au moins au public de Washington. D’autant qu’à défaut de se produire au Kennedy Center, les prochaines productions du Washington National Opera seront données au Lisner Auditorium de l’Université George Washington, là où étaient données les toutes premières productions de la compagnie dans les années 1950.

Outre West Side Story en mai prochain, le public local pourra donc aussi (re)découvrir une nouvelle version de Treemonisha (1910), opéra du compositeur américain Scott Joplin considéré comme le « roi du Ragtime », défendu ici par les jeunes artistes de l’académie du WNO ; ainsi que The Crucible (1961), opéra de Robert Ward adapté de la pièce homonyme d’Arthur Miller évoquant le procès des sorcières de Salem, traité comme une allégorie du McCarthyism des années 1960. Le message a le mérite d'être clair et la programmation complète de l’Opéra National de Washington est détaillée sur le (nouveau) site de la compagnie.

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