La Traviata pour ouvrir la nouvelle saison de la Scala

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La nouvelle production de La Traviata de Verdi (que Stéphane Lissner nous avait annoncée en avant-première) sera l’événement majeur ce cette fin d’Année Verdi. Et cela pour plusieurs raisons.

C’est d’abord assurément l’une des œuvres les plus populaires de Verdi et peut-être de tout le théâtre lyrique. A cause de son livret bien sûr, mélodramatique à souhait. A cause aussi de sa musique, simple et efficace à la fois, admirablement construite dans ses effets, théâtrale au meilleur sens du terme. A cause enfin de ce thème très en vogue au XIXème siècle mais qui n’a rien perdu de sa fascination au XXIème, celui de la rédemption par l’amour autant que celui de la fatalité, liée ici à l’image de la courtisane, de la femme perdue, dévoyée – thème qui introduit dans la théâtralité une note éminemment moderne, le romanesque. Violetta est une héroïne de roman. Et ce qui touche dans La Traviata, c’est cette concentration sur un personnage qui porte toute la douleur du monde, c’est la nudité de son chant, de sa présence obsédante, c’est cette mort d’amour, cette agonie qui se lit dans la musique. Car Violetta est une petite fille traquée par le Destin, frémissante d’espoir, puis résignée à ce sort tragique qui l’accable : de ce point de vue, il faut écouter, au deuxième acte, ce moment poignant, le « Dite alla giovine », qui doit être murmuré comme l’esquisse d’un suicide (ce qu’il est en effet !), ou, juste après, son adieu à Alfredo, cette déchirure… Marcel Proust l’a bien résumé : « Verdi a donné à La Dame aux camélias le style qui lui manquait ».

Mais ce style doit être porté par un spectacle qui sache le mettre en valeur, l’éclairer, et par une interprète d’exception, car Violetta est un rôle à part, un rôle dans lequel l’interprète est disposée à tout donner, à se consumer dans ce rôle.

Quel éclairage peut en donner Dmitri Tcherniakov à la Scala de Milan ? Il faut rappeler que ce metteur en scène russe de 43 ans est aujourd’hui considéré comme un des plus inventifs créateurs d’image de la scène lyrique. Car s’il dynamite toutes les conventions avec cette volonté affirmée de faire sortir le spectateur de sa torpeur, ce n’est en rien un provocateur gratuit comme il en a fleuri ces dernières années à travers quelques régisseurs plus attachés au scandale qu’ils pouvaient déclencher pour se faire un nom qu’à l’élucidation des œuvres qu’ils étaient censés éclairer. Au contraire, Tcherniakov cherche derrière les apparences ce qui constitue le nerf d’une action, son moteur caché. Que fera-t-il de cette Traviata ? Le secret est bien gardé à la Scala sur sa conception. Mais on peut être sûr que cette Traviata sera différente des images traditionnelles et apportera sans aucun doute un éclairage renouvelé sur cette femme qui continue de nous fasciner.

En revanche, on sait que, sous la baguette italianissime de Daniele Gatti, la distribution réunie par Stéphane Lissner a toutes chances de briller. Zelijko Lucic, un baryton serbe de 45 ans, sera le père Germont : c’est un des meilleurs interprètes de Verdi en Europe (dont il possède à son répertoire quelque 23 rôles !) et on se souvient l’avoir entendu dans ce même rôle il y a dix ans, en 2003, à Aix-en-Provence. Piotr Beczala sera Alfredo : c’est, à 46 ans, le ténor polonais qui monte, timbre splendide, physique à la Clark Gable, assurance scénique, passion vibrante dans la voix – c’est bien ce qu’on attend de ce rôle d’écorché.
Enfin, l’interprète d’exception nécessaire à cette Traviata sera Diana Damrau et cette Violetta sera l’autre événement de cette production, avec la mise en scène de Tcherniakov. La belle soprano allemande (mariée au jeune baryton français Nicolas Testé), est, à 42 ans, au sommet de ses moyens et elle a débuté dans ce rôle de Violetta au Met de New York en mars dernier en y faisant un triomphe. Elle possède la voix idéale pour le premier acte, avec ces indispensables aigus indispensables pour exprimer l’emportement du « Sempre libera », elle possède la richesse d’étoffe et le sens dramatique indispensable pour habiter la passion déchirée du deuxième acte, elle possède la palette de couleurs indispensable pour aller jusqu’au bout du dernier acte et faire entendre à la fois la palpitation du cœur et l’exténuation du corps de cette femme rompue.

Avec tous ces éléments réunis, cette Traviata qui ouvre la saison 2013-2014 de la Scala est l’événement à ne pas manquer. Opera online y sera.

Alain Duault

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