Entretien avec Laurent Campellone

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Laurent Campellone est à nos yeux - comme nous l'écrivions en novembre dernier après la représentation monégasque de Roméo et Juliette de Gounod à laquelle nous avions assistée (qu'il dirigeait) - « le digne successeur de Michel Plasson », en tant que meilleur chef et plus grand spécialiste du répertoire lyrique français. Alors qu'il dirigeait Barbe-Bleue de Jacques Offenbach au Grand-Théâtre d'Angers, il a trouvé quelques instants à nous accorder au sein d'un emploi du temps bien rempli...

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Est-ce qu'il y a eu un moment où vous vous êtes dit : « Je veux devenir chef d'orchestre ! » ?

Tout cela est né d’une façon très particulière. Dans ma famille, originaire d’Italie et qui s’était installée dans le sud de la France après avoir fui le régime violent de Mussolini, il n’y avait pas de musicien professionnel. Mon grand-père était boulanger à Toulon, et avait son commerce à quelques pas de l’opéra de la ville. Comme tout bon italien, Verdi était son Dieu. À cette époque, on allait souvent à l'opéra et il y avait dans les théâtres ce qu’on appelait les « promenoirs », c’est à dire des zones sans siège dans les plus hautes galeries, sans bonne visibilité certes, mais auxquelles on pouvait accéder pour peu d’argent et où, accoudés sur de grandes barres métalliques, on pouvait satisfaire son amour de la musique. Mon grand-père et ma grand-mère pouvaient ainsi aller très souvent voir des concerts, des ballets et des représentations d’opéra. Lorsque je fus en âge de rester à peu près silencieux, mon grand-père m’offrit pour Noël ma première place à l’opéra pour aller entendre Il Trovatore. Je reçus ce cadeau comme une horrible punition… Pour mes yeux d’enfant, l’opéra de la ville, immense, imposant et massif, ressemblait à un musée et avait quelque chose à voir avec une église, c’était entre l’église et un cimetière couvert de statues ailées de marbre… Bref, je pleurais et suppliais de ne pas y aller. Par une sorte d’échange (« Si tu vas à l’opéra, tu auras ceci »), on m’y traîna. Et cette soirée a changé ma vie. Je n’ai, bien évidemment, absolument rien compris à l’histoire, et je me souviens avoir trouvé tous ces costumes bien ridicules… Mais tout à coup, au milieu de ce cirque étrange, un homme saisit une épée et, au centre d’autres hommes en cercle autour de lui, il se mit à chanter une chose insensée… C’était le « Di quella pira »… Je ressentis une émotion d’une puissance inédite, et basculais en trois notes dans un monde insoupçonné. Comme le reste du public, à la fin de l’air, je me mis debout pour hurler ma joie. Le ténor fit un geste à un monsieur qui était dans un trou devant lui avec des musiciens et rechanta l’air. Seconde explosion de joie. Du coup, j’avais repéré ce monsieur bizarre qui tournait le dos à tout le monde. Il avait une baguette à la main. Ce devait être une baguette magique car semblaient en sortir toutes sortes de sons. Le reste de la représentation, je n'eus plus d’yeux que pour lui. En sortant, j’ai demandé qui était ce monsieur. On me dit : « C’est le chef d’orchestre ». Je pensai que cela devait être une chose bien insensée que de produire du son ainsi et qu’il devait y avoir bien des mystères là-dedans. Ma vocation était née.

Quelles sont les rencontres décisives de votre vie, qu'il s'agisse de chanteurs, de chefs, de metteurs en scène ? Des rencontres qui vous ont marqué ?

Un artiste façonne son univers intime autant grâce aux personnes vivantes qu’aux fantômes, de plus en plus, nombreux avec le temps, qui l’entourent ou qui l’habitent.
Dans le monde des fantômes, il y a bien sur les compositeurs qui vous marquent et modèlent votre psyché de façon durable. Pour moi, il y eut un avant et un après Richard Strauss, un avant et un après Massenet, un avant et un après Berlioz, un avant et un après Poulenc. Ces fantômes sont posés sur nos épaules, sur nos paupières. On chemine avec eux, ils sont comme l'ébullition secrète de nos âmes.
Du côté des vivants, il y a tant de maîtres qui m’ont durablement marqué ! Christoph Eschenbach, par exemple. C’est l’artiste le plus noble, le plus fascinant en même tant que l’homme le plus bienveillant, le plus attentif à son prochain qu’il m’ait été donné de rencontrer ! Chacun de ses conseils m’a servi depuis que j’ai eu la chance de suivre son travail. Sa conception du geste musical, qu’il soit au clavier de son piano ou devant un orchestre, est rempli de lumière et de générosité. Il est chaque partition qu’il interprète comme si sa vie en dépendait. Rarement, j’ai été autant ému en concert que lorsque je l’ai entendu diriger Mahler par exemple. C’est un « maître » au sens antique et sublime du terme : celui dont on suit l’enseignement et qui vous donne la sagesse.

Un chef d'orchestre peut-il encore envisager sa carrière comme il y a cinquante ans ?

À mon sens, la double révolution du disque et la télévision a modifié le rapport que nous avons tous à l’interprétation et à ce qu’est l'instant même du concert. Pourquoi vous parler de cela pour répondre à votre question ? Car l’arrivée du disque, qui permet à tout le monde depuis plus de 50 ans d’entendre les plus grandes voix, les plus grands orchestres et les plus grands chefs d’orchestre dans son salon, et l’arrivée de la vidéo d’opéra, qui permet de voir les plus belles mises en scène captées à travers le monde, ont rendu caduque dans grand nombre de pays d’Europe l’existence des théâtre dits « de troupe ». Avant le disque et la vidéo, si vous vouliez voir ou et entendre Tosca, vous n’aviez pas le choix: il fallait aller à l’opéra. Et donc, il y avait des opéras partout, qui jouaient sans cesse. Regardez la carte des théâtres en Italie : la moindre ville avait son opéra avec sa fosse d’orchestre et on jouait toutes les semaines. Puis, avec la technique de l’électricité, tout a basculé. Je me souviens, lisant une biographie de Proust, avoir découvert avec délice et étonnement qu'il avait « assisté » à une représentation de Pelléas et Mélisande…depuis son appartement, grâce au service qu’offrait le téléphone dès sa mise en place à Paris : le « concertophone » ! Il suffisait de payer et on pouvait entendre en direct tel ou tel concert, l’oreille collée à son combiné téléphonique… Le brave Marcel, qu’un soupçon de pollen posé sur un gant qu’il aurait frôlé aurait suffi à faire agoniser dans l'heure, vit dans ce service l'astuce parfaite pour éviter tout à la fois la foule grouillante de maladies, les vacarmes du dehors et l’inconfort glacé de nombre de théâtres parisiens d'alors… C’est à ce moment précis que tout bascule (et je ne parle pas de la mort de la correspondance sur papier qui, au profit du téléphone, va tuer l’écriture quotidienne, puis, partant, le geste littéraire !) et il faudra deux générations pour que la musique à domicile modifie notre perception du moment si particulier qu’est le concert.
Et tout a changé avec cela : l’étalon de qualité est devenu celui des plus grandes phalanges orchestrales et des plus grandes scènes. Les orchestres ont pris de plein fouet ces exigences nouvelles. Les discothèques des mélomanes se sont étoffées, les versions de chaque œuvre ont fleuri. Le public s’est documenté, s’est instruit. Son goût s’est modifié. Aujourd’hui, par exemple, il serait impensable d’aller écouter Lohengrin en français… C’était pourtant l’usage il y a encore 60 ans.
L’enregistrement a également permis la diffusion d’empreintes stylistiques déterminantes. Prenons l’exemple de l’intégrale des cantates de Bach par Harnoncourt et Leonhardt : le monde entier a pu suivre ce travail passionnant, déterminant, qui a modifié, renouvelé l’approche de ce répertoire. L’enregistrement a permis, comme l’imprimerie la diffusion des idées, la diffusion d’empreintes stylistiques fortes.
Pour un chef, l’exigence est de taille : outre la spécialisation de certains sur tel ou tel répertoire, nous sommes passés d’une esthétique de l’instant du concert, à une esthétique du son conçu pour la postérité. Je suis toujours frappé par les premiers enregistrements de Karajan, encore plus de ses premières vidéos : le son et l’image tracent la statue mortuaire de Karajan. C’est une mise en majesté. Aujourd’hui, on attend d’un chef à chaque concert qu’il sculpte sa statue parfaite, magistrale. Moi qui suis plus un chef du moment, des énergies qui circulent, moi qui aime que chaque représentation soit différente, en fonction des élans des chanteurs, du public, comme une danse générale, je ne suis pas très enclin à suivre cette esthétique lisse, aseptisée. Même si, comme le disait Talleyrand, « Ce qui est excessif est insignifiant », j’aime les lectures tranchées, contrastées, les chanteurs qui prennent des risques vocaux pour aller au bout de leurs émotions. 
Outre cela, la quasi disparition des théâtres de troupe a changé une autre chose pour les chefs : le répertoire ne s’apprend plus de la même façon. Du temps des troupes, un jeune chef était répétiteur, il dirigeait dans la semaine quelques spectacles et devait en 5 ou 6 ans apprendre rapidement tout le grand répertoire (une quarantaine de titres) et surtout savoir travailler très vite (dans les théâtre de répertoire, on remonte une production avec seulement une ou deux répétitions avec l’orchestre). Moins de théâtres en activité, moins de représentations, il y a donc moins de postes, moins d’espace d’expression. La médiatisation a fini de changer notre métier : il faut être vu, « visible » pour exister. Moi qui fuis les réceptions, les cocktails, les relations mondaines, la médiatisation à outrance, je suis à contre-courant de tout cela… Mais on ne se refait pas : interprètes, nous ne sommes que les vecteurs de choses immenses, le génie des créateurs.

Au disque justement, les répertoires rares vous occupent beaucoup : est-ce le hasard des propositions qui vous sont faites ou le résultat d’un choix délibéré ?

Évidemment, c’est un choix : je n’enregistre que pour faire revivre des œuvres oubliées. Aujourd’hui, il reste des dizaines de partitions géniales à faire découvrir au grand public, et le disque est le moyen le plus efficace de faire cela. Et j’ai plusieurs partitions extraordinaires dans mes cartons que je rêve de vous faire redécouvrir ! Vous savez, depuis sa parution au disque, on me demande souvent comment Le Mage de Massenet avait pu rester si longtemps oublié. C’est un phénomène qui a plusieurs raisons. D’abord, la quantité d’opéras composés entre 1870 et 1914 est phénoménale et, je dirais que - « par effet naturel » -  on ne peut pas jouer tout ce répertoire avec le même intérêt. Des œuvres se sont imposées, à juste titre, et d’autres sont passées « naturellement » au second plan. Ensuite, il y a aussi la double question du coût et des livrets : ces œuvres à grand effectif sont lourdes à monter sur scène pour des maisons lyriques et les livrets ont parfois mal vieilli… Tout ça fait que des partitions sublimes restent sur des étagères des décennies durant… Je vous promets que j’ai au moins 6 chefs d’œuvres absolus que je rêve d’enregistrer et qui vont laisser tout le monde époustouflés par la puissance de leur inspiration !

Après les enregistrements du Mage et des Barbares, envisagez-vous donc d'autres collaborations avec le Palazzetto Bru Zane ?

Oui. Nous sommes en train d’y réfléchir. Le travail du Palazetto Bru Zane, notamment d’Alexandre Dratwicki, est une révolution pour les amoureux et défenseurs du répertoire français comme moi : enfin nous avons face à nous des personnes cultivées, passionnées autant que nous, enthousiastes, qui connaissent ce patrimoine et qui veulent autant que nous les sortir de l’oubli. Les œuvres que je leur propose sont énormes et il faut envisager cela sur le long terme… C’est ce que nous faisons.

Quel est votre premier réflexe quand on vous propose une production ?

Le seul luxe qui s’offre à un artiste dont la carrière s'affirme, c’est de choisir avec qui il travaillera : solistes, chanteurs, metteurs en scène, maisons lyriques… Aujourd’hui, lorsqu’on me propose un projet, je suis attentif à cela et je privilégie les projets avec les gens que j’aime, les maisons dans lesquelles je sais que je serai heureux.

Pouvez-vous nous parler de ce Barbe-Bleue d'Offenbach que vous dirigez ce soir à Angers, après Rennes et Nantes ?

Barbe-Bleue est une partition géniale et complexe. Il y a chez Offenbach, comme chez Chopin, chez Bach ou Ravel, une chose qui fait qu’on reconnaît leur musique en trois secondes. Pour Offenbach : le rythme et la danse. C’est une musique dionysiaque, là où Ravel est apollinien ! Son Barbe-Bleue bat des records : il faut quatre ténors,  le chœur y chante pas moins de quarante minutes de musique, etc. 
La production que je dirige a été imaginée par le talentueux Waut Koeken. J’adore travailler avec lui ! Son esprit sait imaginer et saisir, il aime rire et adore les chanteurs. Pour un chef, pouvoir travailler main dans la main avec un metteur en scène à l’écoute, respectueux, c’est un luxe inouï. Son Barbe-Bleue est truculent, drôle, enlevé. L’esthétique qu’il a choisi nous fait tenir sans cesse sur la corde tendue entre le surréalisme et la bouffonnerie. Et le cast est sensationnel ! Mathias Vidal est une locomotive lancée à grande vitesse au milieu d’une distribution parfaite. Pour un chef, avoir sur un plateau la fine fleur du chant français, un metteur en scène si inspiré, et un orchestre que j’adore, c’est la garantie de donner de la joie au public.

Diriger un opéra-bouffe est difficile : il faut y déployer un engagement total, de la souplesse et de l'humour. Quel est votre Barbe-Bleue ?

Offenbach, c’est l’esprit de la foudre frappant nos esprits. Tout doit y briller, tout y est toujours en clin d’œil, du plus enlevé cancan à la romance la plus tendre. Les romains disait que le Capitole n’était pas loin de la roche tarpéienne… Chez Offenbach, l’éclat de rire n’est jamais loin des sujets les plus grinçants. C’est le comble de la sagesse antique : tout n’est que vanité ! Pour un chef, il faut veiller sans cesse à la légèreté, à l’entrain des choses. Je veux que, pour chaque numéro musical, le public se dise « Ah ! Dommage que ce soit déjà terminé ! ». Il faut que tout jubile, que tout foisonne, que tout rende joyeux. 
Offenbach, pour les solistes vocaux comme pour les orchestres, c’est très difficile ! Pour un chanteur, en plus de la difficulté d’alterner le texte parlé et les parties chantées, il faut souvent faire sortir des aigus brillants après deux voire trois strophes… C’est tendu et périlleux.
Pour les orchestres, Offenbach a les mêmes difficultés que Mozart. Auxquelles il faut ajouter des habitudes d’orchestration qui rendent la justesse toujours délicate. Par exemple, Offenbach aime rendre les cordes brillantes en faisant jouer souvent les premiers et les seconds violons à l’octave. Ce qui, même dans des passages de grandes dextérité, envoie souvent les premiers violons dans le suraigu, zone toujours difficile pour la justesse. Si c’est réussi, c’est rutilant, si la justesse est approximative, c’est horrible ! Avec l’Orchestre National des Pays de la Loire, j’ai devant moi des musiciens exceptionnels que j’aime plus que tout pour leur implication, leur joie, leur souci de bien faire. Nous avons travaillé dur pour aller vers toujours plus de lumière dans ce répertoire où les accents, la théâtralité sont si importants. Chacune de nos représentations a été un vrai moment de partage. Je les adore !

A aujourd'hui, quelles furent vos plus belles expériences d'opéra ?

Il y en a tellement ! Évidemment, les soirées magiques au Bolchoï avec cet orchestre et ce choeur que j’aime tellement… Et des souvenirs insensés, comme des représentations magiques au milieu de l’Amazonie, à l’Opéra de Manaus, du chef d’œuvre absolu de notre patrimoine musical, Les Troyens de Berlioz…
Mais, je dois dire que les plus de dix années passées à Saint Étienne resteront dans mon cœur à tout jamais. Cette ville, son public, son orchestre, son chœur, furent le centre de toute ma passion pendant ces dernières années.

Puisque vous évoquez Saint-Etienne, comment arrivez-vous à rester serein malgré la saisie de la justice administrative dans le conflit qui vous oppose à la municipalité ?

C’est très difficile d'en parler... Ce licenciement violent est certainement l’épreuve la plus difficile qu’il m’ait été donné de vivre. Je n’ai pu faire face que grâce au soutien de nombreux musiciens de l’Orchestre de Saint-Etienne Loire, du public stéphanois, de mes proches. Désormais, la justice, seule, pourra réparer tout cela...

Sans transition, dites-nous pourquoi vous aimez tant les Sonates pour violoncelle et piano de Brahms ?

Je ne sais pas vraiment… Il y a des musiques qui mettent mon esprit en position fœtale, qui me font chavirer instantanément dans une sorte de monde décroché du réel et peuplé d’images sublimes. Brahms a cet effet sur moi. Lorsque je dirige ou que j’entends les premières mesures de sa Quatrième Symphonie, je suis dans un paysage urbain où il neige abondamment, silencieusement et je marche au ralenti dans la nuit, entouré des halos jaunes des réverbères… Sa Première Sonate pour violoncelle, c’est comme si mon cœur se voyait dans un miroir. Brahms me saisit le cœur comme un ami cher vous saisit le bras pour vous signifier son affection, sa proximité, sa fraternité d’âme.

Vous faites partie de ces chefs très aimés des orchestres avec lesquels vous travaillez, de ces chefs que les musiciens applaudissent dans la fosse quand ils y entrent au début des représentations, comment expliquez vous cela ?

Sans doute car ils savent que je les respecte infiniment, et parce qu’ils saisissent que je dirige chaque concert comme si c’était l’instant le plus important de toute ma vie, comme si j’allais mourir demain. Nous devrions tous vivre chaque jour comme si c’était le dernier, non ? Cela permet de dire aux gens qu’on aime qu’on les aime, cela permet d’être dans la vérité des choses. Les orchestres ressentent cela. Si vous leur donner cette chose rare de les emmener avec vous, dans la parenthèse qu’est un concert ou une représentation d’opéra, au bout de cette expérience de l’urgence de la beauté qui doit sauver le monde ici et maintenant, alors ils savent que ce qu’il font est fondamental, primordial. Emmener des musiciens dans ce rituel, dans cette utopie magnifique de rachat du monde par le « Beau », de communion et d’extase dans l’humanité partagée, n’est-ce pas le vrai rôle d’un chef d’orchestre ?

Propos recueillis à Angers par Emmanuel Andrieu

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