Informations générales
- Compositeur:Alexander Von Zemlinsky
- Librettiste:George Klaren
- Date de création:28/05/1922
- Lieu de création:Allemagne
- Nombre d'acte:1
- Langue originale:Allemand
- Maison d'opéra de la production originale:Oper der Stadt Köln
Description de l'Œuvre
En 1911, Alexander von Zemlinsky prend la direction du Théâtre allemand de Prague, où il exercera pendant seize ans à la fois comme chef d’orchestre et directeur artistique – où il fait montre d’une grande audace dans sa programmation. À cette époque, Alexander von Zemlinsky compose plusieurs de ses œuvres majeures, dont Der Zwerg (Le Nain), « conte tragique » en un acte qui fait l’objet d’une création au Stadttheater de Cologne le 28 mai 1922.
L’ouvrage est, dit-on, le fruit d’une déception amoureuse. Zemlinsky était épris d’Alma Mahler dont il était le professeur de musique. Il aurait brièvement été son amant, avant de se faire éconduire et qu’elle n’épouse Gustav Malher (par ailleurs ami fidèle de Zemlinsky). C’est dans ce contexte qu’Alexander von Zemlinsky commande un livret à Franz Schreker « sur la tragédie d’un homme laid » – en écho à une remarque d’Alma Mahler qui aurait traité le compositeur de « petit gnome monstrueux ». Franz Schreker gardera finalement son livret pour lui-même (Les Stigmatisés) et Zemlinsky se tourne alors vers une nouvelle d’Oscar Wilde, L’anniversaire de l’infante, adaptée pour la scène lyrique par l’écrivain Georg Klaren fin 1918.
Zemlinsky achève sa partition fin 1919, puis l’orchestration l’année suivante, et Le Nain est donné pour la première fois au Stadttheater de Cologne en 1922, sous la direction musicale d’Otto Klemperer. L’ouvrage sera repris sur plusieurs scènes européennes, à Vienne, Prague, Berlin ou Fribourg, avant que l’œuvre ne soit progressivement délaissée avec l’arrivée au pouvoir du régime nazi. L’opéra de Zemlinsky sera redécouvert en 1981 à Hambourg (sous le titre L’anniversaire de l’infante), puis donné sur la plupart des grandes scènes européennes, dont la Royal Opera House de Londres en 1985 qui donne l’œuvre dans une traduction anglaise. Le Nain fait l’objet d’une création française en 1993 à l’Opéra de Montpellier en version de concert, puis en version scénique en 2013, à l’Opéra national de Lorraine de Nancy.
Acte unique
À la cour d‘Espagne, la jeune infante Donna Clara (soprano) va avoir 18 ans et l’anniversaire doit être fêté avec faste. Très gâtée et volontiers cruelle, Donna Clara est curieuse des présents qui lui seront offerts : le majordome Don Esteban (basse) lui révèle que le plus beau des cadeaux vient du Sultan qui lui offre un nain monstrueux, mais merveilleux chanteur. Le nain (ténor) ignore néanmoins tout de sa condition, son maître ayant fait en sorte que le petit être ne se voit jamais dans un miroir.
Lorsque le Nain arrive à la cour d’Espagne, Don Esteban le présente comme un « Chevalier plus beau que Narcisse ». Le Nain déploie mille grâces et courtoisies, prenant les rires étouffés de la cour pour un hommage à son élégance. Avec éloquence, il vante la beauté de l’infante avant de chanter toute la passion amoureuse que la jeune femme lui inspire. En guise de boutade, l’infante lui propose de choisir l’une de ses suivantes pour l’épouser – suscitant des cris d’effroi dans l’assistance. Ne saisissant pas le second degré, le Nain déclare sa flamme à Donna Clara elle-même.
En tête à tête, Donna Clara conforte le Nain dans ses sentiments et, avec une certaine cruauté, lui propose une danse. Parallèlement, elle ordonne discrètement à sa suivante Ghita de préparer un miroir. Gênée, la jeune femme tente de prévenir le Nain : il se dit néanmoins conscient de « la méchanceté des miroirs » qui lui montrent son pire ennemi, une créature malveillante qui le suit partout.
Alors que le Nain se lance dans une danse enfiévrée de l’amour qu’il éprouve pour Donna Clara, il arrache le voile qui masquait un immense miroir dans la salle de bal. Confronté à son image, le Nain ne peut ignorer la douloureuse vérité et prend conscience de son propre reflet. Brisé, il réclame un baiser à l’infante, de ceux qui transforment les crapauds en prince. La jeune femme le repousse brutalement, alors qu’il s’effondre à ses pieds dans un cri déchirant (un contre-ut). Peu sensible à sa douleur, l’infante adresse à son « cadeau d’anniversaire » : « à peine offert, déjà cassé », alors que le Nain s’éteint.

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