Jeanne au Bûcher - Opéra de Perm (2019) - Jeanne au Bûcher - Perm Opera (2019)

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Description

Reprise de la production de l'Opéra de Lyon, créée en janvier 2017.

Distribution : 
- Audrey Bonnet (Jeanne d’Arc)
- Denis Lavant (Brother Dominique)

Solistes de l'Opéra de Perm :
- Nadezhda Pavlova (soprano)
- Zarina Abaeva (soprano)
- Olga Popova (soprano)
- Larisa Kell (mezzo)
- Boris Rudak (ténor)
- Garri Agadzhanyan (basse)

Point de vue

Il est des moments, des situations, pour lesquels le terme « Gesamtkunstwerk » (une Œuvre d’Art Total) prend tout son sens. C’est le cas de cette Jeanne d’Arc au Bûcher d’Artur Honegger, donnée à l’Opéra de Perm ce 11 janvier 2019, au regard des qualités de l’équipe artistique et des circonstances exceptionnelles à l’origine de cet opéra, sans doute l’une des formes d’expression artistique occidentale parmi les plus complètes et abouties.

Ici, un binôme de femmes est à l’origine de cette expérience : en premier lieu, évidemment, Jeanne d’Arc, figure emblématique de l’histoire de France ; et ensuite l’excentrique Ida Rubinstein, commanditaire de l’œuvre mais aussi artiste accomplie et mécène haute en couleurs qui nourrissait des convictions très arrêtées sur le sujet. En parallèle, un binôme d’hommes s’y ajoute : Paul Claudel, poète, dramaturge et essayiste à l’origine de nombre d’œuvres et pièces de théâtre et Arthur Honegger, compositeur suisse et figure incontournable de la musique du XXème siècle.
Ensemble, ils ont engendré cet oratorio dramatique sans entracte en onze scènes et un prologue dans lequel la musique, le chant et le théâtre cohabitent à merveille et en parfaite harmonie.
Mais chacun sait qu’une fois une œuvre achevée, elle n’appartient plus à ses auteurs, mais aux interprètes qui doivent la faire vivre pour le public. C’est là qu’intervient un troisième binôme de génie : le chef d’orchestre Teodor Currentzis, directeur musical de l'Opéra de Perm, et le metteur en scène Romeo Castellucci.

De prime abord, la relative petite taille de l’Opéra de Perm apparaissait comme un handicap pour monter cette œuvre imposante. Mais de la contrainte nait la créativité, et l’équipe artistique a su en faire ici un atout inattendu. Faute de places, les interprètes locaux –  magnifiques voix russes déployant des couleurs sombres et amples – sont installés au premier balcon, à gauche. Et les volumineuses Ondes Martenot, cet insolite instrument dont s’échappent des sons étranges et cuivrés, jouées magistralement par la jeune Françaises Cécile Lartigau, étaient installées au même niveau, à droite. Les riches chœurs mixtes leur répondaient au troisième balcon, dans un face à face similaire, alors que les chœurs d’enfants étaient en arrière-plan au troisième niveau – et transmis par voie électronique.
La fosse d’orchestre du théâtre est par ailleurs inhabituellement profonde et renforcée d’une épaisse couche de verre. Il en résulte une projection sonore à la fois cristalline et profonde, parfaitement maîtrisée par l’orchestre MusicAeterna, confié à la direction experte de Teodor Currentzis – faisant montre d’une précision chirurgicale quasi-obsessionnelle, pour produire une « expérience » acoustique et musicale unique.

La mise en scène, signée par le génial « Castellucci », et l’interprétation magistrale du rôle-titre par Audrey Bonnet aux côtés de Denis Lavant en frère Dominique n’étaient pas en reste. Le metteur en scène multiplie les allusions au mythe de Jeanne d’Arc et fait vivre son histoire en la transposant... dans une salle de classe d’école. Un « agent d’entretien » occupe la scène, et un néon qui clignote semble lui délivrer un message intelligible de lui seul, tout comme la jeune bergère entendait des voix divines. L’agent d’entretien, symbole de ces anonymes qui œuvrent dans l’ombre sans qu’on les remarque, entreprend de vider la salle et de se barricader – comme pour se protéger de ceux qui ne comprennent pas sa mission. Les voix toujours présentes dans la musique lui font saisir une paire de ciseaux qu’il utilise tel un sourcier, pour identifier le lieu où découper le linoléum, démonter le carrelage, arracher la structure de bois du plancher avant de finalement de creuser la terre et mettre au jour une épée royale. L’agent d’entretien se révèle à lui-même et se transforme en Jeanne d’Arc. D’abord sous les trais d’un homme banal, elle devient femme sous les yeux du public.

Elle ôte progressivement ses vêtements de travail jusqu’à paraître nue. Le corps d’Audrey Bonnet contraste magnifiquement avec cette salle de classe dévastée. Elle couvre alors l’épée d’un linceul : l’arme irradie un instant jusqu’à brûler l’étoffe et la marquer d’une croix. Tel un templier, Jeanne en fera sa cape. Lentement, la comédienne s’enduit le corps de cendres blanches, immaculées, comme pour symboliser une purification par le feu.

Entre temps, entre conviction religieuse et folie, les murs de la scène se couvrent de tissu capitonné, évoquant la chambre d’un asile psychiatrique, dont Audrey Bonnet extrait successivement une fleur de lys symbole de royauté, puis la carcasse d’un cheval blanc (qui « respire » grâce à un astucieux mécanisme) qu’elle chevauche pour lancer la charge. La musique l’accule, avant qu’elle ne s’effondre en positions de Christ crucifié...

Les dialogues entre Jeanne et le frère Dominique (aux allures de directeur d’école) sont de haute volée : à l’érudition répond l’inspiration divine. Mais au sol, le trou devient fosse... la mort apparaît sous les traits d’une vielle femme nue, magnifique « vanité » moyenâgeuse, qui la met délicatement en tombe alors que tout s’évanouit.

Alors que les dernières mesures arrivent, le directeur d’école fait forcer la porte de la classe, et découvre, incrédule, une salle dévastée, un trou, des cendres blanches et une tombe vide tel le tombeau du Christ... Mille et une allusions, lourdes de sens, toutes justes et justifiées, magnifiques, et magistralement interprétées par l’ensemble des protagonistes. La palme des interprètes revient néanmoins à Audrey Bonnet, pour l’émotion surhumaine qu’elle transmet au public.

Le rideau tombe finalement dans un silence absolu, signe du profond respect du public russe, comme sonné. Puis viennent les traditionnels applaudissements, quelques timides bravi, avant une standing ovation mille fois méritée. Une soirée mémorable dans tous les sens du terme qui méritait amplement le long voyage vers Perm, cette ancienne « ville interdite » du fin fond de la Russie centrale.

Perm, le 11 janvier 2019

Dates de représentations

11 janvier 2019 19:00:00

12 janvier 2019 19:00:00

13 janvier 2019 19:00:00

La distribution

Romeo Castellucci

Silvia Costa

Teodor Currentzis

Audrey Bonnet

Denis Lavant

Personnages de l'œuvre

Metteur en scène

Metteur en scène

Chef d'orchestre

Jeanne d'Arc

Frère Dominique

Medias

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Mode immersif

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